le message philosophique derrière Wolverine

les X-Men cette figure de science-fiction porte en elle les germes du transhumanisme. Mutant, immortel et amélioré par la science, Logan est l’incarnation même de ce que pourrait être l’homme de demain, l’homo Superior, avec un grand S pas comme Superman.

Chez Ecrans.fr, nous n’avons donc pas hésité à établir le portrait de ce philosophe en posant la question révolutionnaire qui va bouleverser la science moderne et inspirer les sujets de philosophie du bac 2014 : « Wolverine est-il le dernier des philosophes transhumanistes ? ». Une thèse presque de bonne foi défendue avec le soutien du philosophe Thierry Hoquet .

Wolverine, le combat de l'immortel, un des premier transhumain
Wolverine, le combat de l’immortel, un des premier transhumain

Mutatis Mutant X

Apparu en 1974 dans Incredible Hulk #180, le super-héros Wolverine, aussi nommé Serval ou Glouton dans les éditions françaises (les super-héros c’est comme le rock, cça passe toujours mieux en anglais) est un mutant. Du fait de cette particularité génétique, il est devenu, comme le reste des X-Men, un symbole dans la lutte pour la reconnaissance des différentes minorités. Afro-américains, juifs ou encore homosexuels (qui ont eu droit au premier mariage gay dans Astonishing X-Men #51, bien avant que Frigide Barjot ne fasse des siennes), tous ont pu un jour se reconnaître à travers un des jeunes élèves de Charles Xavier. Le mutant, c’est l’autre, à la fois semblable et différent. Dans ces conditions, le parallèle entre un groupe d’individus mis au ban de la société et une classe d’étudiants victimes de discriminations est évidente.

Pourtant, nous devrions tous nous sentir concernés par la cause mutante : « Nous sommes tous des mutants, chacun a une singularité, fait remarquer Thierry Hoquet. En chaque homme se joue l’avenir de l’espèce et la promesse de quelque chose de nouveau, c’est toute l’idée de la théorie évolutionniste. » Une évolution à laquelle nous sommes tous confrontés notamment à l’adolescence, période à laquelle le charmant bambin se transforme en mutant poilu et boutonneux. Ce traumatisme de la puberté que connaissent bien aussi nos homologues super-héroïques a dû être particulièrement difficile pour le jeune Logan.

Dans Wolverine Origin (le comic book paru entre 2001 et 2002, à ne pas confondre avec X-men origins : Wolverine, le film qui prend quelques libertés), le jeune James Howlett, de son vrai nom, se découvre des griffes et un caractère bestial. C’est bien là la spécificité du personnage : de tous les X-men, il est le plus animal, même le Fauve semble plus humain sous sa fourrure de gros nounours bleu. Mais malgré sa pilosité qui rendrait jaloux le Sean Connery de la belle époque et sa fâcheuse manie de tout renifler, Logan n’en reste pas moins un être humain, et même un grand sensible. « C’est tout le débat des mutants, il y a ceux qui disent “nous sommes comme vous avec nos différences” [les X-men, ndlr] et ceux, les mutants plus sombres, qui considèrent que l’évolution est advenue par le succès de quelques mutants, précise le philosophe. Il y a l’idée que certains mutants sont déjà autre chose, une autre forme d’humanité, voire une autre espèce. »

Une théorie défendue par Magneto et ses sbires, mais bien avant déjà par Hugo de Vries. En 1901, ce botaniste néerlandais avance l’idée que l’évolution passe par des mutations radicales permettant de franchir le cap entre une espèce et une autre, là où Darwin pensait l’évolution comme une accumulation de petites transformations du génome. Logan étant contemporain de ces deux scientifiques, on ne peut douter qu’il a sérieusement étudié ces deux théories et on peut affirmer sans erreur que Wolverine est darwiniste tandis que son double maléfique et féroce, Dent-de-Sabre, semble être clairement partisan de De Vries.

Man of Adamantium

Objet philosophique, Wolverine est aussi une expérience scientifique. Dans les comics du début des années 1990, on apprend que le gouvernement canadien, tirant parti des extraordinaires pouvoirs de régénération du mutant, l’a incorporé contre son gré au projet Weapon X. Derrière ce nom évocateur, le projet consistait à créer une machine à tuer ultime en enduisant allègrement le squelette de Logan d’Adamantium, un métal indestructible. Pour notre docteur ès philosophie, c’est la marque d’une double évolution : « Wolverine est une figure hybride, un croisement entre un mutant et un cyborg. Il est doté d’une régénération organique à laquelle on a greffé un squelette en adamantium. Il a un outillage incorporé, c’est le mélange de l’organique et de la technique. »

En cela, le héros inventé par Len Wein est un parfait produit de son époque. En 1974, l’ambiance est à la guerre froide, à la course à l’armement, mais aussi à la conquête spatiale. « En 1985, sans son Manifeste Cyborg, Donna Haraway, explique que le terme Cyborg est apparu dans les années 1960, dans un contexte militaire. Pour partir dans l’espace on avait besoin de soldats améliorés, cuirassés physiquement mais aussi psychologiquement et émotionnellement. » Un conditionnement qui colle parfaitement avec les expérimentations menées sur notre mutant velu, dont la mémoire a été altérée par des implants cybernétiques et par son aptitude naturelle à effacer toutes les séquelles dues à des traumatismes.

Si certains s’enthousiasment de la résistance physique et des quelques avantages que procure le squelette métallique du héros, il ne faut pas y voir une promotion du progrès scientifique. La science médicale progresse sur le plan des organes cyborgs et autres nanotechnologies salvatrices, mais l’histoire même de l’humain amélioré technologiquement est liée avant tout à l’usage militaire. Thierry Hoquet tire la sonnette d’alarme :« La recherche se pare de prétextes médicaux pour paraître acceptable. Tout le monde soutient l’idée d’un homme réparé, d’un handicapé qui pourrait remarcher, d’un aveugle qui pourrait revoir grâce à la technologie. Mais derrière ce cyborg modeste ce cache le soldat de demain. »
La science-fiction regorge d’exemples d’applications militaristes de la science et souvent ce tropisme est lié à celui de la dépendance. « L’homme a toujours été une espèce technique, dépendante d’une ensemble d’outillage. Les outils sont créés pour compléter l’organisme, ce sont des organes projetés, extérieurs, comme le dit Hernst Kapp. En ce sens nous sommes tous des cyborgs. Mais pour avoir accès à ces technologies, à ce pouvoir, il faut entrer dans un système. Il y a un prix à payer : c’est la perte de notre liberté. On s’aliène pour avoir accès à des prestations. A partir du moment où on subit une greffe, il y a des propriétaires. »

Le thème a déjà été abordé par des films comme Repo Men (2010), mais il n’y a pas besoin de chercher des exemples au cinéma pour illustrer cette dépendance à risques. Le simple fait de laisser ses données privées entre les mains d’entreprises pour pouvoir utiliser des outils technologiques, nous place déjà dans une situation de cyborgs à la merci de leur créateur. Et si Wolverine, en hacktiviste extrémiste, a passé au fil de ses griffes ses pères technologiques, les internautes ont des recours moins violents et moins efficaces face aux firmes soupçonnées de collaborer avec la NSA. « La technique n’est pas un objet individuel, c’est un système. La question c’est de savoir si on peut faire machine arrière une fois que l’on a un doigt dans l’engrenage. » Morale de l’histoire : mieux vaut céder ses données privées que de se faire greffer un squelette en adamantium.

La solitude de l’Immortel

Son double statut de mutant et de cyborg fait de Wolverine un être, si ce n’est immortel, tout du moins doté d’une longévité exceptionnelle, voire même excessive. En effet, du Raymond Fosca de Simone de Beauvoir à Christophe Lambert dans Highlander, l’immortalité a toujours été perçue comme une malédiction. Ce qui paraît être bénéfique au début se révèle très vite être un vrai fléau une fois que le personnage s’aperçoit que cela le condamne à une éternité de solitude. Dans Old Man Logan (2009), Mark Millar joue avec cette idée et dépeint un Wolverine terriblement âgé et désabusé, dans un monde post-apocalyptique où ses amis X-Men sont pour la plupart décédés. Le héros a souvent eu une image de franc-tireur « eastwoodien » en partie à cause de sa sauvagerie plus ou moins contrôlée, mais aussi justement parce que les proches de Serval ont une forte tendance à mourir dans des circonstances tragiques alors qu’il peut sortir indemne d’une catastrophe nucléaire.

Néanmoins si l’on regarde bien, Wolverine n’est pas le plus solitaire de tous les immortels. Il évolue dans l’univers Marvel avec ses 5000 personnages, il compte parmi ceux qui collaborent avec le plus d’équipes super-héroïques (Vengeurs, X-Men, Alpha Flight, etc.) et malgré ses peines de cœur et les décès de ses compagnes successives, notre petit Glouton est un coureur de jupons qui compte une sacrée liste de conquêtes amoureuses (son sex-appeal venant bien entendu de sa pilosité). Loin de s’apitoyer sur son sort, Logan a su très vite profiter des avantages de sa capacité de guérison et des excès que cela permet. Ainsi son goût pour les soirées de débauches à grands coups de substances illicites ou d’alcool n’est plus à prouver.

Nous devrions donc tous tirer des leçons de ce maître zen (il a passé de nombreuses années à méditer au Japon, c’est Marvel qui le dit) qui a su concilier vie éternelle et hédonisme. Pour notre philosophe, le comportement du héros de comics est une preuve de sagesse : « Le rapport avec l’immortalité oblige à penser quel est le statut de la mort chez l’Homme, le vivant en général. Est-ce que c’est une nécessité ? On a tendance à considérer que si on perd la mort, on perd la culture, faite d’Eros (l’amour) et de Thanatos (la mort). L’immortalité serait la négation de la condition humaine. Mais chez les transhumanistes, la mort c’est comme la maladie, on peut la dépasser, car ce qui définit l’homme c’est l’arrachement à sa condition. La quête de l’immortalité c’est très humain. » Une preuve de plus que Logan est en avance sur le commun des mortels dans la quête de la sérénité post-humaniste. De la à dire que Wolverine : le combat de l’immortel restera dans les mémoires… on ne peut pas soutenir toutes les théories farfelues.

 

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Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Bonjour, je suis Marc Roux, président de l’Association Française Transhumaniste : Technoprog ! et je me propose de vous expliquer un mot rapide sur quel peut être le transhumanisme, sur l’association Technoprog ! et sur l’importance qu’occupent les sciences du numérique dans la réflexion transhumaniste.

Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Le transhumanisme est un mouvement de pensée philosophique, proposant une vision matérialiste de la planète entière. Il considère que :

L’humain est en constante évolution et non une entité stable.

La convergence NBIC – Nano et Bio technologies, sciences Cognitives mais également de l’Information – offre depuis quelques décennies la possibilité à l’humain d’accélérer et de mieux contrôler sa propre évolution.

L’humain souhaite accroître son espérance de vie salutaire, à développer ses facultés cognitives et sensorimotrices, mais aussi à se rendre plus apte à jouir de sa liberté et du bonheur au sein d’une vie sociale plus harmonieuse.

L’Association Française Transhumaniste : Technoprog !

Aujourd’hui, il est nécessaire que la société civile se saisisse de cette question du Transhumanisme. Alors que, depuis plus dix, les décisions ont été prises dans les couloirs ministériels, les conseils d’administration de grandes entreprises ou les laboratoires de recherche, c’est auprès un large débat démocratique qui devrait permettre de dégager les orientations que nous souhaitons donner à notre évolution, en tant qu’individus et en tant qu’espèce.

Technoprog ! cherche à promouvoir les sciences et les méthodes qui pourraient permettre une amélioration de la condition biologique de l’humain mais elle cherche d’abord à informer sur l’urgence de la question transhumaniste et donc elle participe à l’organisation du débat national. Simplement, elle tend à montrer comment une évolution de type transhumaniste pourrait être bénéfique pour l’ensemble de nos sociétés. Elle insiste enfin pour faire prévaloir l’idée que, face aux avancées déjà très rapides de ces technologies, il nous faut être particulièrement attentifs au respect des équilibres au reste dans les domaines de la santé publique, de l’environnement que de la justice sociale. Elle se distingue du transhumanisme d’origine anglo-saxon et d’inspiration néolibérale en promouvant un techno-progressisme privilégiant l’humain.

C’est parce qu’il est question de l’humain que si les espoirs sont immenses, les responsabilités sont également immenses.

La place du numérique dans la réflexion transhumaniste

Il doit être dit ici tout particulièrement combien les sciences de l’information et les technologies numériques ont joué et jouent un rôle déterminant dans la pensée transhumaniste.

Si les transhumanistes estiment que nous avons été maintenant en mesure d’intervenir dans la définition biologique de l’humain, c’est grâce aux progrès gigantesques qui ont été réalisés ces dernières décennies d’abord dans ces domaines scientifiques et techniques.

Ce sont d’abord les avancées de l’informatique qui ont démultiplié les moyens et les capacités de matériels non seulement comme les ordinateurs mais encore les microscopes électroniques, puis les microscopes à effet tunnel qui permettent aujourd’hui de manipuler la matière à l’échelle de l’atome donnant naissance à ce domaine crucial de la convergence technologique que sont les nanotechnologies. Ce sont les mêmes progrès des sciences numériques qui ont permis le déchiffrage du code génétique et qui font aujourd’hui que le coût du séquençage complet de l’ADN est sur le point de s’effondrer. Ce sont bien entendu les mêmes progrès qui sont à la base de tout le développement de l’internet mais aussi de tout un secteur qui a déjà commencé à bouleverser nos sociétés et je pense ici à le progrès de la robotique et des systèmes automatiques généralement. Enfin, pour terminer ce rapide tour des domaines de la convergence NBIC, après les nanos, les bios et les infos-sciences, il nous reste les cogno-sciences, c’est-à-dire les sciences du cerveau, cet organe dont on dit qu’il est la majorité complexe de tous les objets que nous connaissons dans l’univers.

Or aujourd’hui, ce sont les sciences numériques qui permettent que les grandes puissances de la recherche scientifiques, Europe, Etats-Unis, Chine, Japon, se lancent dans des programmes de simulation qui visent à reproduire l’intégralité du fonctionnement neuronal. C’est le projet BRAIN aux etats-unis d’amérique ou le Human Brain Project en Europe. A terme, si notre compréhension du fonctionnement de l’intellect humain devenait suffisant, certains vont jusqu’à penser que nous pourrions parvenir à faire émerger d’une Intelligence Artificielle une véritable conscience. Ce n’est plus de la science-fiction. Il s’agit d’une véritable hypothèse scientifique.

Les sciences de l’information occupent donc une place privilégiée dans la réflexion transhumaniste et elles ne devraient cesser de si tôt de l’occuper. En effet, nous avons le pouvoir de considérer que nous assistons à une « algorithmisation » croissante de nos sociétés. Que ce soit pour gérer la bourse, l’internet, nos futurs robots domestiques, la prévention de notre santé ou la « cyborgisation » progressive de l’humain, nous aurons besoin de lignes de programme à tout moment plus perfectionnées.

Ceci a une conséquence sur laquelle les transhumanistes ne sont pas les seuls à insister. Nous devons impérativement mettre l’accent sur l’enseignement des sciences et tout particulièrement des sciences du numériques de façon que les citoyens de cette société humaine en devenir puisse en comprendre les ressorts et en maîtriser suffisamment les arcanes. Cela nous paraît essentiel pour que notre condition d’humains en mutation puisse continuer à être la condition d’humains libres et égaux en dignité et en droit.

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L’homme sur mesure

La robotique et l’informatique améliorent notre vie depuis plus de 70 ans. Les expérimentations « cerveau-machine » commencent à récolter leurs fruits, mais quel avenir pour ces applications ?

L’année 2050. Les cyborgs. Le transhumanisme. L’homme augmenté. L’informatique centrée sur l’humain. Machines autonomes. La réalité augmentée. L’avenir de l’humanité pose énormément de questions. La technologie prend de plus en plus de place au quotidien. Et quand on parle de place, on parle aussi de place au sein même de notre corps. L’homme peut il devenir un cyborg ? Est-ce que les êtres humains vont vers une hybridation ?

Le transhumanisme est un courant de pensée qui a pris forme tout au long des années 80. Pour ceux qui se disent « transhumanistes », la technologie est appelée à s’intégrer dans l’humain dans le but d’augmenter les capacités humaines. C’est son objectif principal, mais pas le seul : réduire la pauvreté, les maladies et la malnutrition partout dans le monde, sont d’autres attentes de cette philosophie.

Les avancées des applications robotiques adaptées à l’humain se sont multipliées depuis la Guerre d’Iraq. Les agences dépendantes du gouvernement américain, tels que DARPA, se sont mises à travailler sur l’application robotique sur l’humain. L’argent investi par le gouvernement américain a aussi augmenté, compte tenu du nombre de soldats amputés quittant les rangs. Selon Laurent Bougrain, enseignant-chercheur à l’Université de Lorraine et au Loria (Laboratoire Lorrain de Recherche en Informatique et ses Applications), spécialisé en neurosciences, les bras robotiques pourront être des appareils couramment utilisés dans les hôpitaux d’ici cinq à dix ans. Mais ces applications robotiques intégrés sur l’humain sont déjà en route pour certains cas, comme par exemple les anciens soldats revenus d’Iraq, d’Afghanistan, ou récemment de Lybie. Plus de 300 personnes dans le monde profitent déjà de pieds bioniques, bras ou jambes robotiques, contrôlés directement par le cerveau.
En France, il existe des nombreuses équipes de recherche qui travaillent sur l’application de ces technologies dans l’humain. En Lorraine, le Loria dispose d’une équipe qui essaie d’établir des relations entre la dynamique de systèmes neuronaux et le comportement humain, l’équipe NeuroSys. Le bras robotique est un de ses projets phares.

Mais pour que ces applications robotiques puissent être contrôlées à travers le cerveau, une opération chirurgicale s’impose. Améliorer la vie des personnes dépendantes semble une raison légitime pour mener cette opération, mais le risque que cette pratique devienne une branche de la chirurgie esthétique existe.

Ces technologies resteront chères pour la plupart de la population, et les gens les plus aisés seront notamment ceux qui subiront ces améliorations corporelles. Si la bioéthique dévie pas des usages pour lesquelles elle a été pensé, ces nouvelles technologies adaptées à l’humain seront démocratisées, tel et comme il le souhaite Olivier Simonin, enseignant-chercheur au sein du Loria, « Le vrai défi pour 2050 c’est que la technologie soit accessible pour tout le monde ! ».

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Serons-nous comme des Dieux ?

Désormais je sais que ce courant de pensée est né dans les années 80 en Californie transhumanistes ambitionne d’ajouter un maillon à la chaîne de l’évolution. En s’appuyant sur les progrès de la neurologie, de la biologie, de l’informatique et de la chimie (abrégés en NBIC) ils veulent « améliorer » les humains en greffant, sur leur être naturel, des compléments technologiques.

Ceux-ci décupleraient leurs capacités, les doteraient, pourquoi pas, de nouveaux sens (ça vous dirait de devenir télépathe ?) et, dans la foulée, leur permettraient de viser l’immortalité et d’accéder à un niveau de conscience et d’intelligence que nous ne pouvons pas plus imaginer, qu’un protozoaire ne peut comprendre la logique qui anime l’homo sapiens de base.

Le transhumanisme fleurit surtout en Californie où il est né il y a une trentaine d’années, en même temps que l’informatique grand public, mais pas seulement. On trouve aussi des adeptes en Chine, en Corée (du Sud, le Nord est plutôt orienté vers un retour à l’australopithèque), et en Europe. La France abrite un courant qui, exception culturelle oblige, se veut « technoprogressiste » et modéré. Il milite pour que les modifications futures de l’être humain se fassent dans le respect des valeurs de base que sont la liberté, l’égalité et la dignité. Noble ambition qui ne peut manquer de faire sourire quand on saura que les principaux financeurs des recherches tranhumanistes sont la NASA, l’US Army et, plus récemment Google.

Le sourire se changera d’ailleurs en grimace si on écoute ce que dit de tout cela Jean Michel Besnier, philosophe et enseignant à la Sorbonne. Après avoir observé que les arguments employés pour justifier les techniques transhumanistes s’appuient sur la nécessité de compenser des handicaps mais visent, en fait, un tout autre objectif : réaliser la vieille illusion d’une science qui serait au service exclusif du bonheur de l’humanité. Il illustre son propos en prenant l’exemple des recherches sur les techniques permettant de contrôler l’environnement par la pensée : présentées comme un moyen de venir en aide aux tétraplégiques, les militaires en sont les principaux utilisateurs. Puis il ajoute : « Ce que veut le transhumanisme, ce n’est pas parfaire l’humanité, mais nous arracher à l’humanité. Faire de nous des êtres qui ne naîtront plus mais qui seront fabriqués, lisser la vie psychique, ne plus vieillir grâce au téléchargement de la conscience, éradiquer la souffrance et donc le plaisir. Le désir même, alors que c’est le moteur de l’humanité. Arrêtons de dire que c’est au service de l’humanité alors que c’est pour la détruire ».

Tout ça est très loin de l’affaire Cahuzac, un peu moins du mariage « pour tous » (on peut et on doit s’interroger sur les éventuelles limites de la procréation médicalement assistée et encore plus sur la gestation pour autrui), mais les enjeux sont suffisamment importants pour qu’on y réfléchisse. Faut-il croire aux promesses des transhumanistes qui prédisent à notre espèce un avenir éclatant ou écouter les mises en garde de ceux qui, comme Jean-Michel Besnier pensent que, si ces idéaux se réalisent, « ce sera au prix d’un gouffre créé au sein même de l’humanité ». Ou, en d’autres termes, pour avoir des surhommes, on courir le risque presque inévitable de créer des sous-hommes. Ce danger n’a rien d’imaginaire si l’on veut bien considérer que ceux qui conduiront ce changement sont des êtres humains affligés, eux aussi, de leur part d’ombre. « Vous serez comme des Dieux » promettait le Serpent à Adam et Ève pour les pousser à goûter au fruit de l’arbre du Bien et du Mal. Même si on ne voit qu’une fable dans la Genèse, il n’est pas interdit d’entendre l’avertissement : tout fruit n’est pas comestible, pas plus dans le jardin d’Eden que dans celui de la Science.

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Transhumanisme: doit-on avoir peur de l’avenir?

Pour le philosophe des sciences Jean-Michel Besnier, le succès de la série « Real Humans », qui vient de s’achever sur Arte, révèle l’importance des inquiétudes liées aux défis métaphysiques, éthiques et sociaux, posés par le développement des sciences.

SUCCÈS DU TRANSHUMANISME

« Du point de vue informatif, Real Humans ne présente rien de bouleversant : la série rassemble l’ensemble des interrogations suscitées par la robotique. Peu de nouveautés. Par exemple, le robot qui mesure, comme les “hubots”, sa baisse de courant et qui se rebranche automatiquement date de… 1950 (ce sont les tortues cybernétiques de William Grey Walter). En revanche, la réaction du grand public à l’égard de la série, sa réception, sont instructives.
« Une série symptôme, qu’il faut comprendre dans le contexte plus large du transhumanisme »
eal Humans est une série-symptôme, qu’il faut comprendre dans le contexte plus large du post- et du transhumanisme. Ces thèmes se sont largement banalisés : il y a peu, ils étaient réservés au lexique de la science-fiction ou aux milieux très informés. Lors de la publication de Demain les posthumains, en 2009, j’ai été surpris d’être invité à faire une intervention à l’Assemblée, puis à la Direction générale de l’armement, pour parler de l’éthique des robots, non seulement concernant les drones mais aussi à propos d’une initiative de la Corée du Sud, qui entendait s’inspirer des lois de la robotique conçues par Isaac Asimov, en 1942, pour établir une charte éthique encadrant les robots qu’elle emploie dans les écoles, les prisons et auprès des personnes âgées.
Real Humans marque un point d’acmé : la société réalise que la robotique de service qui déferlera d’ici quelques années posera des questions inédites, d’ordre social, métaphysique, éthique, épistémologique… »

DES EXPÉRIENCES DE PENSÉE

« Plus qu’un essai d’anticipation ou qu’une série futurologique, Real Humans est une expérience de pensée : rien, dans le mobilier ou l’architecture, n’est trop sophistiqué ; l’enjeu est plutôt de nous imaginer entourés de robots devenus partenaires de la vie socio-professionnelle. Dès lors, qu’adviendra-t-il ?
« Des robots déjà capables d’être dans la simulation ! »
Des expériences permettent de projeter des hypothèses. Au Japon, le professeur Hiroshi Ishiguro constitue des androïdes époustouflants. Il a notamment réalisé son clone, saisissant de ressemblance. Sur ce modèle sont imaginées des hôtesses androïdes qui assurent l’accueil dans les salons, jouant même parfois les idiotes, dictant d’un ton monocorde et saccadé : “je-ne-suis-qu’un-ro-bot…”, avant d’enchaîner, avec fluidité : “Je plaisante. Je parle correctement”. En d’autres termes, ces robots sont déjà capables d’être dans la simulation la plus complète !
La vraisemblance est d’ailleurs telle que des chercheurs se penchent sur le seuil de ressemblance acceptable pour des acheteurs. Des expériences mesurent, par exemple, le temps qu’un client met à découvrir qu’il est confronté à un androïde et non à un humain ; si le temps de réaction est trop long, la ressemblance est trop importante et la confusion devient inquiétante. D’autres travaux de psychologie cognitive, très liés au champ de la robotique, sont destinées à mesurer l’empathie suscitée par les robots, tandis que la robotique des émotions s’attache à créer des machines qui sachent reconnaître les émotions et interagir avec l’usager. La leçon à tirer de ces expériences est : les robots doivent susciter l’empathie et être ressemblants, mais pas trop. »

AVENIR ET FUTUROLOGIE

« La Corée du Sud a décidé d’équiper 8 000 écoles maternelles de robots. Ce ne sont pas des androïdes. Ils n’ont qu’une vague ressemblance avec les bonhommes têtards que peuvent dessiner les enfants : deux yeux, une bouche, un nez et des oreilles. Ils ont pour mission d’enseigner, les langues notamment, mais ne doivent pas officiellement remplacer les institutrices, bien qu’ils aient pour eux des avantages considérables : ils n’ont pas de sautes d’humeur, ne se blessent pas, ne sont susceptibles d’aucun absentéisme.
« Nano-technologies, biotechnologies, intelligence artificielle et sciences cognitives »
Mais des hypothèses futurologiques vont encore bien plus avant. Les laboratoires technoscientifiques fondent désormais leurs travaux sur le champ scientifique de la NBIC, à savoir la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives. L’Union européenne a ainsi débloqué un milliard d’euros pour le Human Brain Project, une recherche menée à Lausanne qui cherche à simuler un cerveau humain. »

UN CHOIX PHILOSOPHIQUE

« La série suédoise ne s’intéresse pas aux recherches les plus en pointe. Elle préfère un choix purement philosophique, relativement austère, déployant une ambition quasi moralisatrice : elle s’inquiète de la conception du monde que l’on instaure. Le monde des robots est un miroir pour les humains. Voilà ce intéresse et inquiète : la constitution d’un monde lisse de robots sans intériorité, plus faciles et plus compétitifs que les humains, est-il souhaitable ? Un monde où les robots deviendraient des modèles, occultant toutes les dimensions de cette humanité capable du meilleur comme du pire. Pourquoi est-ce inquiétant ? Imaginons un enfant coréen confié à une nounou-robot. À l’école, il est éduqué par des robots. Il passe ainsi les six premières années de sa vie. Quelle représentation du monde adulte, avec ses noirceurs et ses mensonges, pourra-t-il se forger ensuite ? Quelle entrée dans l’existence fera-t-il ?
« Entre le mythe du bon robot et la crainte d’une dérive technologique »
Real Humans oscille entre le mythe du bon robot, sur le modèle du bon sauvage de Rousseau, et la crainte d’une dérive technologique vers le robot pervers. D’un côté, le bon robot compagnon, toujours gai, sans arrière pensée, incapable de mentir, incarnant l’idéal d’une société sans malfaisance. De l’autre, le robot devenu pervers et méchant, qu’il faudra détruire. À cause de qui ? D’une femme qui, dans la série, commande la transformation de son robot étalon en une bête sexuelle… La dénaturation du bon robot débute : “l’amour de soi” du robot produit “l’amour propre”, entraînant dès lors la compétition avec les humains. »

LE PROPRE DE L’HOMME

« Real Humans reprend une interrogation commune à beaucoup de films, de Blade Runner à Matrix : les robots peuvent-ils éprouver des émotions ? Sur ce point, la série tranche : oui, ils en éprouvent. En retour, se pose la question de la définition, chez l’homme, de la conscience et des émotions ? Les philosophes, de Descartes à Darwin, définissent l’émotion en terme de signes : des rictus, des mouvements de visage, des trébuchement de la voix. Or, de là, il est tout à fait concevable d’induire d’une simulation du robot la réalité de son émotion…
« Dois-je donner de l’intériorité à mon robot ? »
Des scientifiques se posent même ce cas de conscience : dois-je donner de l’intériorité à mon robot ? Autrement dit : faut-il développer ce qu’on appelle des “heuristiques réflexives”, à savoir des dispositifs rendant les robots capables de rétroagir sur eux-mêmes, d’êtres “à propos”, si bien que, confrontés à un problème, ils développent une délibération qui les conduise à franchir l’obstacle ? Avec la “vie artificielle”, c’est désormais possible. »

LA VIE ARTIFICIELLE

« La recherche scientifique travaillait autrefois sur l’intelligence artificielle ; celle-ci a aujourd’hui laissé place à la “vie artificielle”. Quelle nuance ? L’intelligence artificielle se rapportait à un dispositif de résolution de problèmes : dans une base de données repertoriant une grande quantité de situations, le robot puiserait pour résoudre de nouveaux problèmes. Mais cela ne fonctionne pas. Une autre voie a été adoptée : attribuer aux robots un comportement sensori-moteur élémentaire – avancer, reculer, sauter – mais qui, complété par des processus heuristiques (des formes d’opérations mentales), leur permettent de complexifier, exactement comme l’enfant chez Jean Piaget.
Dans la psychologie génétique de Piaget, l’enfant commence par classer les objets du plus grand au plus petit, puis, par “abstraction réfléchissante”, il forge la notion de nombre, la dimension ordinale et cardinale d’un nombre, etc. Il parvient progressivement au concept. Le coup de génie des roboticiens a été de penser des robots intelligents sur ce modèle. Les machines envoyées sur Mars, par exemple, confrontées à des environnements dont nous ignorons tout, n’ont pas pu être programmées en fonction des circonstances. Elles ont donc été dotées de cette aptitude à complexifier leur comportement au gré de leurs découvertes. »

LA SINGULARITÉ TECHNOLOGIQUE

« Les mouvements transhumanistes postulent que la nature humaine n’est ni invariante ni immuable, qu’elle doit pouvoir être transformée. En France nous n’avons que des “hyper humanistes”, loin des spéculations prévoyant l’apparition d’une espèce nouvelle, à l’image de Léo dans Real Humans. Ce héros incarne le prototype d’un être tout à la fois cyborg, homme augmenté, transhumain, qui, hybridé avec des robots, produit une espèce nouvelle. Ce thème a été développé sous le nom de “singularité technologique” par Raymond Kurzweil aux États-Unis. La singularité technologique repose sur une idée : la civilisation humaine connaîtra une croissance technologique telle que le progrès ne sera plus l’œuvre que d’intelligences artificielles en constante progression, sources d’évolutions tout à fait… imprévisibles. »

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Iron Man 3, transhumanisme et Marketing.

Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Iron Man (Tony Stark) est un super-héros avec une grosse armure en métal bourrée de gadgets, il se définit lui-même comme un « génie, milliardaire, playboy et philanthrope ».

Il sauve régulièrement le monde et est incarné à l’écran par Robert Downey Junior. Il appartient à l’univers Marvel, comme Spiderman, Hulk et autres Avengers (là où Batman et Superman appartiennent à DC comics, une autre maison d’édition).

Iron Man 3 s’inscrit donc dans la stratégie de Marvel, qui depuis 2008 inonde les écrans de cinéma de blockbusters fait dans les règles, mais qui ont la particularité d’être tous liés entre eux (il y avait bien d’autres films Marvel avant, mais pas organisés comme cela). Mais ce film, plus que les autres, m’a marqué. il a le mérite, comme Rambo, de soulever des problématiques bien plus intéressantes que de simples explosions. Iron Man 3 est un subtil mélange entre un bon gros blockbuster hollywoodien pur jus, et une dystopie.

Pour le côté Blockbuster, tout y est : une campagne publicitaire bien rodée, un budget colossal, des produits dérivés à foison, un casting dément, des jolies filles, de grosses explosions, un peu de sentimentalisme et une histoire pas trop compliquée qui se finit bien. Le film est fait pour plaire au plus grand nombre, rapidement, sans faire trop réfléchir, et donc générer le plus de rentrées monétaires possibles. Ce film n’est clairement pas une œuvre d’art, mais un gros investissement.

Mais personnellement je m’en fiche un peu. Je n’étais pas là pour voir une œuvre d’Art. J’étais là pour me détendre, et me changer les idées. Je ne l’ai pas regretté. En plus d’apporter toute la distraction du Blockbuster, il a aussi de quoi faire réfléchir. Car on peut aussi interpréter Iron Man 3 comme une dystopie. Une dystopie est l’inverse d’une utopie. On imagine une société, une époque, pas pour en faire un exemple, mais plutôt pour avertir des conséquences. Comme dystopies célèbres, il y a 1984 de George Orwell, le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou bien Equilibrium de Kurt Wimmer.

Il y a souvent une part d’utopie / dystopie dans les films de science-fiction. Comme ce sont des mondes différents du notre, il y a forcément une part d’anticipation. Mais ce qui m’a marqué dans Iron Man 3, c’est qu’il parle de transhumanisme, un sujet qui commence à être à la mode. L’idée du transhumanisme est la modification du corps humain par la Science. Les deux pendants du transhumanisme sont représentés : le côté biologique (altérations du corps humain par la manipulation de processus biologiques comme l’ADN) et le côté mécanique (altération du corps humain par l’ajout de composants mécaniques).

Comme je ne veux pas ruiner l’intrigue d’un si bon film, je dirais simplement que le côté mécanique est représenté par Tony Stark, et le côté biologique par les méchants. Et tout le monde finit par voir que le transhumanisme, aussi séduisant qu’il parait, n’est pas une bonne solution.

Mais l’intérêt de ce film ne s’arrête pas là. C’est aussi un petit bijou de marketing. Et ici aussi il y a de quoi faire réfléchir. Ce film est un condensé de toutes les techniques possibles et imaginables bonnes pour nous faire dépenser encore plus. C’est normal, c’est un blockbuster. Mais là-dessus, ils sont quand même super fourbe.

Déjà, tout est fait pour mettre en avant l’univers Marvel. Pendant tout le film, il y a toujours de subtiles références aux films précédents, de façons à ce que ceux qui ne les ont pas vu, n’ai qu’une envie : les voir. Et comble de la fourberie, il y a une scène supplémentaire, après le générique (on est donc obligé de le regarder), dans laquelle Tony Stark raconte sa vie façon psychanalyse à un personnage que les habitués identifieront comme Bruce Banner / Hulk. On nous force à regarder le générique, et en plus on nous rappelle que tous les films sont liés, et qu’il faut donc vite aller les acheter. C’est fourbe. Et puis tout cela avec une musique énergique, pour nous renforcer dans l’impression qu’on a aimé le film.

Ensuite, dans la série marketing basique : le placement de produit. C’est une technique assez basique : on glisse des références à des marques ou des produits, l’air de rien, entre deux scènes. Une publicité subtile, mais efficace. Pour Iron Man 3, on retrouvera par exemple (liste loin d’être exhaustive) : Oracle, Sun Microsystem, Verizon, Android, Sony, Audi, Univers Marvel.

Mais ce qui m’a le plus intrigué, comme placement de produit, c’est la présence de Downton Abbey. Downton Abbey est une sorte d’orgueil et préjugé mis en série télévisé (j’exagère peut-être un peu, et j’avoue ne jamais avoir regardé un épisode). Cette série a beaucoup de succès, particulièrement auprès d’un public féminin, mais pas que.  Mais ce qui m’a intéressé, c’est que dans Iron Man 3, un des personnages regarde à plusieurs reprises cette série. Et ce personnage est le bon gros garde du corps un peu bourrin et pas très fin. A croire que Downton Abbey cherche à accroître son public.

Autre détail sympathique, donnant un éclairage géopolique intéressant : la version chinoise et la version occidentale sont différentes. En effet, le méchant étant « le mandarin », les censeurs du Parti n’était pas très chauds pour que le film passe en Chine. Mais comme Hollywood ne peux pas renoncer à un tel marché, ils ont accepté de faire quelques arrangements. Et accessoirement, rallonger le film, qui se transforme en spot publicitaire pour certaines marques chinoises.

Ainsi donc, ce subtil mélange entre blockbuster et dystopie fait d’Iron Man 3 un bon film. Il détend et fait réfléchir. Mais comme pour Rambo, il faut pour cela accepter de regarder son film autrement, et changer sa perspective. Espérons que le transhumanisme ne reste qu’une dystopie, et que notre vie ne soit pas dictée par le marketing, sinon notre monde risque d’être de plus en plus tourmenté.

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Le succès de Real Humans promet-il un succès du transhumanisme ?

Le monde de demain : une société habitée par des humains et des robots, à l’image de la série Real Humans, suscite des questions d’ordre sociales, philosophiques, éthiques, scientifiques et autres.

Ce monde, décrit par la série suédoise, est-il une ébauche du monde de demain ? Le développement actuel scientifique peut-il nous conduire plus ou moins à la vie décrite dans la série ? Ou tout ceci relève-t-il uniquement du domaine de la science-fiction ? Pourquoi, enfin, la série a-t-elle fasciné tant de monde ? Peut-on y voir un succès du transhumanisme ?

Le transhumanisme

Il s’agit d’un mouvement culturel et intellectuel qui prône l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des humains.

Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine dont le handicap, la souffrance, la maladie, la vieillesse ou la mort comme « inutiles ou indésirables ».

Les chercheurs comptent donc sur les techniques émergentes comme la robotique pour parvenir à leur fin, à savoir « l’amélioration humaine ». Ce mouvement, décrit dans la série, a contribué à son succès.

Pas d’innovation dans les idées reprises dans la série

La série rassemble l’ensemble des interrogations suscitées par la robotique et le transhumanisme. La problématique suivante est posée : est-ce inquiétant de constituer un monde dont les robots font partie intégrante ? Elle rassemble également un certain nombre de similitudes dans le mode de vie des robots, les comportements humains envers les robots et inversement.

La baisse de courant et la recharge automatique des « hubots » font écho aux robots-tortues de William Grey Walter, datant de 1950.

Au Japon, le professeur Hiroshi Ishiguro, a constitué des androïdes impressionnants et a notamment réussi à créer son clone dont la ressemblance est marquante. Des hôtesses androïdes assurent, de leur côté, l’accueil dans des salons.
En outre, des travaux en psychologie cognitive, liés au domaine de la robotique, sont destinés « à mesurer l’empathie suscitée par les robots ». Dans la série, « les hubots » ont cette empathie, comme le montre l’un d’eux lorsque sa propriétaire l’éteint, ce qui le met dans une grande colère.

De son côté, la robotique des émotions tente actuellement de créer des machines qui savent reconnaître les émotions et interagir avec l’usager. Un élément qui est également exploité dans la série : quand le propriétaire du hubot semble perplexe, son hubot arrive à le détecter et lui demande s’il va bien.

On convient que ces aspects ont toujours eu trait au domaine de la science-fiction, et pourtant, le domaine surnaturel s’estompe peu à peu au vu de certaines de ces avancées.

La série à l’image de notre société robotisée

Différentes avancées dans le domaine scientifique montrent que l’idée de la série n’est pas si éloignée de l’évolution actuelle du monde dans le domaine de la robotique.

Huffingtonpost.fr a relayé récemment que 9% des Américains ne diraient pas non pour faire l’amour à un robot. L’idée, très ancrée dans la série, est actuellement un sujet de discussion. Les Américains sont « plus nombreux à souhaiter avoir un robot comme domestique (33%), ou pour prendre soin d’une personne âgée (22%) ».

Astrid Rosenthal von der Pütten, psychosociologue, a réalisé récemment une étude allemande montrant que les humains sont autant sensibles à la violence faite par les hommes sur les robots que par les hommes sur les hommes.

Elle a expliqué notamment que « l’un des buts des recherches actuelles en robotique consiste à développer des “robots compagnons” qui établissent une relation à long terme avec un utilisateur humain ».

Elle a ajouté que « ces robots pourraient assister les personnes âgées dans les tâches quotidiennes et leur permettre ainsi de rester plus longtemps chez elles. Ils pourraient également aider les personnes handicapées à évoluer dans leur environnement ».

La Corée du Sud a de son côté décidé d’équiper 8 000 écoles maternelles de robots, qui ne sont pas des androïdes mais ont « deux yeux, une bouche, un nez et des oreilles ». Ces derniers ont pour mission d’enseigner les langues notamment mais officiellement ne doivent pas remplacer les instituteurs.

Ils enseignent. Serait-ce, comme dans la série, une raison pour mobiliser les hommes contre ces « robots », lesquels prennent leur travail, les mettant ainsi au chômage ?

Enfin, le robot du Robot Cognition Laboratory lyonnais est arrivé à décoder le sens des phrases de l’homme et à agir en conséquence grâce notamment à « 500 neurones artificiels » et à « un cerveau simplifié ».

Cette démarche s’inspire « d’une connaissance sur le cerveau humain en la transposant à la robotique ».

De son côté, le Rooba iRobot 660 est un aspirateur autonome et efficace. En combinant ces deux technologies, nous arriverons certainement un jour à créer des « hubots » à l’image de la série.

D’autres avancées

Outre les petites innovations individuelles telles que cette vidéo d’un homme ayant réussi à créer un robot dans le dessein de voler des canettes dans les distributeurs, des chercheurs ont réussi à mettre en place des robots « pour aider à démanteler la centrale de Fukushima », ceci en « aspirant » la radioactivité ou encore « pour localiser des baleines en danger ».
Pour la vie quotidienne, deux robots ont été inventés depuis peu par une société japonaise : selon gizmodo.fr, « digital lifestyle », le premier ressemble à un chien, le second à une jeune femme nommé Kaori, et les deux visent à renseigner leur propriétaire sur leur odeur.

Le chien renifle vos pieds, si l’odeur est insoutenable, « il ira jusqu’à perdre connaissance ».

En conclusion

Rien d’innovant donc dans la série : celle-ci a su s’imposer sur les écrans et chez le public en mettant en évidence les inquiétudes suscitées par les chercheurs en robotique en les transposant. On pourrait néanmoins reprocher à la série, en fin de saison, de faire un film de « gentils contre méchants » et non se cantonner à la complexité d’un monde dans lequel vivent ensemble hommes et robots.

Sans évoquer la série, l’innovation et les progrès scientifiques progressent et la robolution du monde est, vraisemblablement, en marche !

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La singularité technologique : en route vers le transhumain

La singularité technologique est un concept qui voit dans certaines avancées scientifiques la prévision d’une croissance explosive de la connaissance humaine.

Ses aspects révolutionnaires ne se trouvent pas tant au niveau épistémologique que dans les conséquences politiques et sociales d’un tel essor du savoir.

Cet article est le premier volet de trois articles qui tentent de cerner le concept de singularité technologique et ses possibles impacts sur notre société.

La singularité technologique : en route vers le transhumain

L’humain est mort, vive le transhumain ! Des mots qui claquent et rayent nos consciences forgées par des siècles d’une lente et douloureuse dialectique qui n’a eu de cesse de faire et défaire l’humain. Et voilà que quelques extravagants viennent bousculer une construction séculaire ! Les esprits politisés de nos vieux pays tentent cahin-caha d’ignorer ces visions annonciatrices de chaos, et continuent de penser la polis munis de poussiéreuses idées – antiques concepts qui nous ont certes menés à un précaire équilibre social. Pourtant, ces énergumènes terrés devant leurs ordinateurs, que l’on qualifie avec dédain de techno-béats, cyberutopistes, geeks apolitiques, qui ne nourrissent leurs rêves que d’une science-fiction doucereuse, pensent le monde et construisent l’avenir.
Quelle est alors cette menace contre l’humain qui grandit dans la pensée scientifique ? Quelle est cette singularité qui prédit la fin d’un monde ? La singularité n’est point une menace mais une révolution qui fait de la croissance explosive de la connaissance la voie vers le dépassement de l’humain. Une nouvelle ère se dresse devant nous, et la science modèlera l’avenir. Alors risquons-nous à la technomancie !

Singulière singularité

Cet étrange terme singularité correspond à l’avènement d’une courbe exponentielle de l’évolution de la connaissance. La civilisation humaine connaîtra grâce à une découverte scientifique une croissance telle que tous les fondements de notre société ne pourront plus être pensés avec leurs valeurs actuelles. Nombreux sont ceux qui estiment que la singularité technologique sera l’intelligence artificielle. Ce concept trouve ses sources dans la pensée cybernétique du début du XXe siècle, et se trouve être attribué au mathématicien John von Neumann. Il estima dans les années 1950 que l’accélération du progrès humain entraînerait une singularité dans l’histoire humaine.
La singularité technologique fait référence à la singularité gravitationnelle, zone de l’espace-temps où les quantités permettant de calculer le champ gravitationnel deviennent infinies et les connaissances scientifiques actuelles ne peuvent plus s’appliquer. La singularité technologique annoncerait un évènement à nul autre pareil dont l’historicité fausserait toutes les analyses des sciences humaines et sociales. Ce « trou noir » de l’histoire a été popularisé par Vernor Vinge, notamment dans un article de 1993 qui fut largement diffusé, The Coming Technological Singularity : How to Survive in the Post-Human Era. Il voit le début de cette ère dans l’apparition d’une intelligence surhumaine ; elle peut se manifester tantôt dans le développement d’ordinateurs intelligents, notamment à travers une architecture en réseau, tantôt dans l’accroissement de l’intelligence humaine par les avancées de la biologie.

C’est pour quand ?

Les prévisions varient entre 2020 et 2050. Ray Kurzweil, informaticien, futurologue et transhumaniste, estime dans son livre The singularity is near que la singularité apparaîtrait en 2045, tandis que Vernor Vinge prédit, dans son article précédemment cité, une date aux alentours de 2030. Face à une courbe exponentielle de la croissance du savoir, toute la question serait de trouver le nombre e de la fonction exponentielle de l’évolution humaine.

A cette fin, la loi de Moore est intéressante. Gordon E. Moore, chimiste et cofondateur de la société Intel, a expliqué de manière empirique que le nombre de transistors sur les microprocesseurs double tous les deux ans environ. Cela entraîne une croissance exponentielle de la capacité de calcul des ordinateurs. Ray Kurzweil estime néanmoins une possible stagnation de cette loi avec l’atteinte des limites des microprocesseurs actuels en 2019. Elles seraient toutefois rapidement dépassées par de nouvelles technologies comme l’ordinateur quantique, qui catalysera sans aucun doute la recherche informatique. Il envisage la généralisation de la loi de Moore dans sa théorie the law of accelerating returns à d’autres domaines scientifiques liés à cette capacité de calcul. Cette croissance exponentielle continuerait jusqu’à atteindre la singularité, soit une intelligence surhumaine pour Kurzweil. Il estime que le progrès qui aura lieu au cours du XXIe siècle correspondra à l’équivalent de 20 000 ans d’évolution humaine. L’ingénieur Robert Zubrin juge que la singularité technologique nous conduirait à une civilisation de Type I sur l’échelle de Kardashev, qui mesure l’évolution des civilisations sur une base technologique en fonction de la quantité d’énergie pouvant être utilisée. Nikolaï Kardashev estimait qu’une civilisation de Type I aurait le pouvoir d’utiliser l’équivalent de toute l’énergie disponible sur sa planète, de toute son étoile pour le Type II et de toute sa galaxie pour le Type III. Selon Guillermo A. Lemarchand, l’énergie en question pour une civilisation de Type I correspond à une valeur entre 1016 et 1017 watts.

Une telle idée d’accélération du progrès alarme l’esprit qui tente de la cerner, mais de quelle façon notre société envisagera sa propre croissance technologique ? A suivre…

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