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Dans le livre Les robots font-ils l’amour ?, paru aux éditions Dunod, Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier abordent la question des robots et du transhumanisme de manière décomplexée. Alors, peut-on faire l’amour avec un robot ?

La question de la relation Homme-robot est récemment revenue sur le devant de la scène avec la diffusion aux États-Unis de la série Westworld, une science-fiction aux airs de western qui plonge le téléspectateur dans l’univers d’un parc d’attraction futuriste peuplé d’androïdes ultra-réalistes. Dans leur livre Les robots font-ils l’amour ?, paru aux éditions Dunod, Laurent Alexandre, médecin et entrepreneur, et Jean-Michel Besnier, philosophe spécialiste des nouvelles technologies, abordent justement cette fascinante question des robots et du transhumanisme.
L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’Homme ? Est-il désirable de vivre 1.000 ans ? Quels sont nos sentiments pour les robots ? Demain, serons-nous tous cyborgs ? Autant de questions posées dans l’ouvrage.

Le livre Les robots font-ils l'amour ? est paru aux éditions Dunod. © Dunod

Le livre Les robots font-ils l’amour ? est paru aux éditions Dunod. © Dunod

Le cybersexe et la cybersexualité
Le texte qui suit est extrait du chapitre « Peut-on faire l’amour avec un robot ? »
Jean-Michel Besnier : La question de savoir si la sexualité avec les robots est possible appelle naturellement une réponse positive. À la rigueur, la sexualité est possible avec n’importe quel moyen qui permettra l’extinction de la tension résultant de zones érogènes (de toutes les zones érogènes dont l’organisme est support : muqueuses génitales, intestinales, anales…).
L’humain peut donc faire sexe de tout bois – et, a fortiori, exploiter la mécanique du robot. Pourquoi faire particulièrement cas de la cybersexualité ? Parce qu’elle améliore le service rendu par les poupées gonflables ? Pour une grande part, mais ce n’est pas suffisant.

Qu’est-ce que le transhumanisme ? Les auteurs du livre Les robots font-ils l’amour ? nous l’expliquent. © Dunod, via YouTube
Laurent Alexandre : Dans une vie, beaucoup d’êtres humains ont plus de relations onaniques que de rapports sexuels avec un tiers ! Pour ceux-là, l’amour robotisé couplé avec la relation virtuelle sera un plus par rapport à la simple masturbation. Pour que le robotsexe se généralise, il faudra qu’il devienne intelligent, ce qui va prendre plusieurs décennies. Sinon, il s’agira seulement d’un sextoy sophistiqué.
Jean-Michel : Même quand il n’est pas androïde, le robot n’est pas une machine comme une autre. Il est mobile et donne l’impression d’une autonomie. À ce titre, il éveille des illusions animistes. On a l’impression qu’il dessine un point de vue sur le monde et qu’à cet égard, il peut entrer en dialogue avec nous. Au moins autant – mais davantage quand il a forme humaine – qu’un animal domestique avec lequel on s’exprime et on s’explique aussi. Le robot est donc quasiment un animal comme les autres, et donc un être fort proche de nous, qui sommes réputés être également « des animaux comme les autres ». En tant qu’être admissible dans le dialogue, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas intervenir dans la sexualité – comme les animaux eux-mêmes. S’il est doté des commodités fonctionnelles qui lui permettent d’accueillir et de soulager l’excitation pulsionnelle, il devient un partenaire sexuel idéal.

Jia Jia est une humanoïde au réalisme saisissant. © Xinhua, Barcroft Media

Jia Jia est une humanoïde au réalisme saisissant. © Xinhua, Barcroft Media

Et c’est bien ce que l’on entend dire parfois : le robot remplacera fort bien le partenaire qui peut toujours se refuser (ah la migraine ! Pas ce soir, chéri !), qui n’accepte pas toutes les attentes et qu’intimide souvent l’expression de la jouissance. On pourra donc se payer le luxe d’une machine à dispenser éventuellement les mots de l’amour (comme dans le film Her de Spike Jonze, sorti en 2013), de l’abandon et de la fantaisie – et ce, sans la culpabilisation qui peut atténuer le plaisir chez le pervers lui-même. La sexualité, promue depuis longtemps objet de consommation et sujette au marketing entretenue par la pornographie, obtiendra son débouché le plus intarissable, dans un contexte où, déjà, la libido interhumaine s’essouffle, comme le constatent les addictologues qui cherchent à résoudre les effets de la fréquentation compulsive des sites pornos chez les jeunes.
Laurent : Tu as raison d’évoquer Her. Le vrai cybersexe passe par le croisement de la robotique, de l’intelligence artificielle, des neurosciences et de la réalité virtuelle comme le casque Oculus de Facebook (qui permet de voir une réalité virtuelle comme si elle était réelle). Dans quelques décennies, il sera possible de tomber amoureux d’un robot comme dans le film Her.
Découvrez le livre Les robots font-ils l’amour ? pour en savoir plus sur les robots et le transhumanisme.

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Playlist : tout savoir sur le transhumanisme, la robotique et l’intelligence artificielle Jean-Claude Heudin, directeur de l’IIM (institut de l’Internet et du multimédia) nous parle de sa vision du transhumanisme, du futur de l’intelligence artificielle et des robots durant cette série d’interviews réunies sous forme de playlist.


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Présentation du livre de JOUSSET-COUTURIER Béatrice , « Le Transhumanisme. Faut-il avoir peur de l’avenir ? », Eyrolles, 2016.

Ce bref ouvrage, préfacé par Luc Ferry, se veut une introduction à la question transhumaniste, en forme de balayage de son histoire, de ses courants, des questions philosophiques et prospectives soulevées, et des oppositions suscitées. Contrairement à de nombreux ouvrages directement ou indirectement consacrés au sujet, il ne s’agit donc pas d’un livre à thèse, pro ou contra, ni d’une étude centrée sur un aspect particulier (la mort, l’eugénisme ou encore la robotisation).

Il occupe donc une place encore largement vacante, notamment pour le grand public, à qui l’auteur s’adresse (dans un style parfois exagérément infantilisant). Il s’expose de la sorte au risque de dire trop vite sur beaucoup. Ces ornières sont d’abord évitées dans la présentation synoptique qui est faite, dans la première des trois parties, des définitions historiques et conceptuelles du courant transhumaniste, compris globalement comme « mouvement philosophique et scientifique qui veut utiliser tous les moyens […] pour améliorer l’espèce humaine […] et en finalité faire naître le posthumanisme » (p. 11). Les éclairages historiques sur la genèse du mouvement de pensée seront utiles à ceux qui ne se penchent sur la question transhumaniste qu’à l’aune de l’actualité et des enjeux des NBIC (technologies nano, bio, de l’information et cognitives).

JOUSSET-COUTURIER Béatrice , « Le Transhumanisme. Faut-il avoir peur de l’avenir ? », Eyrolles, 2016.

JOUSSET-COUTURIER Béatrice , « Le Transhumanisme. Faut-il avoir peur de l’avenir ? », Eyrolles, 2016.

Selon ce point de départ, la généalogie aboutit naturellement à accorder une place de choix à la doctrine de la Singularité popularisée par Ray Kurzweil, qui est bien entendu l’un des auteurs les plus cités, aux côtés de Laurent Alexandre et Pierre Teilhard de Chardin. Point essentiel de la propédeutique à l’étude du transhumanisme, la notion de « singularité » fait l’objet d’une présentation très rapide (sept pages), peut-être insuffisamment clarifiée conceptuellement (l’introduction des définitions courante, cosmologique et topologique du terme, non exploitées, n’y aide pas). L’articulation de la loi de Moore avec l’idée d’un basculement vers une intelligence dominante « non anthropomorphique », p. 59) n’est pas véritablement analysée ni explicitée. La définition reste suspendue, par le jeu d’une accumulation de citations peu commentées, entre l’idée d’un point de bascule et celui d’une future ère posthumaine à envisager (mais qui, par définition, échappe aux schémas prédictifs traditionnels).

Les discussions épistémologiques autour de la « loi de Moore » elle-même, ne sont pas abordées du tout, ce qui laisse le lecteur aux prises avec l’idée inexacte que le caractère exponentiel des capacités computationnelles et de stockage de l’information, recélerait la perspective mécanique d’un changement d’ère technologique et humaine [1]. Enfin, l’absence d’explication sur le caractère ambigu du statut épistémique de la loi en question (qui n’est ni une conjecture mathématique, ni une variété de constante physique), et l’identification à sa version vulgarisée dont l’obsolescence pourrait être proche, n’en facilite pas l’appréhension.

Le début de la deuxième partie, consacrée à la pensée transhumaniste, confirme ces réserves en brossant une histoire à gros traits des rapports entretenus par l’humanité entre science, économie et pouvoir depuis le Néandertal. Ce passage est librement inspiré de la Brève histoire de l’avenir de Jacques Attali [2], qui n’évite pas les raccourcis historiques et philosophiques coutumiers de ce dernier, et tend à en ajouter. Cette partie aurait sans doute gagné à être une histoire des limites symboliques et techniques de l’humanité pensées comme telles, pour mieux s’articuler avec les chapitres suivants, consacrés aux critiques du transhumanisme et aux débats d’actualité le traversant vis-à-vis du politique et du religieux.

Ces pages, plus claires et informées, donnent la parole à une quantité appréciable de points de vue, notamment ceux de Jacques Ellul et Jean-Claude Guillebaud, et exposent sans atténuations leurs critiques de la technique comme sphère autonome, et du rejet du corps humain comme rejet de l’humanité avec sa finitude. De façon générale, les grandes questions éthiques et démocratiques et les confrontations avec les religions de la question de la « mort de la mort » sont efficacement introduites et prennent soin de laisser chacun libre de la poursuite de son opinion. Le débat entre Jürgen Habermas et Peter Sloterdijk est utilement convoqué. L’auteur apporte un constat lucide sur la pression présente et future de la norme sociale (p. 92), à l’exemple du rapport ambivalent de nos sociétés à l’eugénisme (p. 96, 156). Elle ne résout pas en revanche la contradiction du caractère intrinsèquement neutre ou porteur de valeurs d’une technologie donnée, penchant tantôt pour une hypothèse (p. 117), tantôt pour l’autre (p. 148).

On regrettera qu’il manque à ce tour d’horizon les réflexions importantes de Dominique Lecourt [3] (et sa défense d’un eugénisme humaniste notamment), Alain Supiot [4] (pour l’indispensable anthropologie des limites de l’humain et la critique du technoscientisme) ou Lucien Sfez [5] (pour la critique des valeurs implicites de « l’utopie » transhumaniste).

Il s’agit en définitive d’un livre qui a le mérite de la nouveauté en son genre, mais dont la démarche synoptique ne servira aux demandeurs d’une introduction au sujet qu’à condition d’enrichir leur lecture par l’approfondissement de certaines définitions, et des investigations complémentaires. À défaut d’offrir des outils consistants pour une réflexion prospective (sur l’économie ou le droit des technologies futures notamment), il représentera une porte d’entrée au courant d’idées pour un large public.


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Alors que la technique projette l’avenir d’un homme connecté, réparé ou augmenté, Emmanuel Brochier, maître de conférences en philosophie à l’IPC (Paris), propose du 3 novembre au 1er décembre, une série de 5 rendez-vous sur le thème : « Y a-t-il de bonnes raisons de s’opposer aux transhumanismes ? » Emmanuel Brochier répond aux questions de Gènéthique.

Vous commencez une série de conférences sur le Transhumanisme. Pourquoi ?

Le transhumanisme est à la croisée de l’anthropologie, de la théorie de l’évolution, de la philosophie de la nature,… c’est un point qui cristallise l’ensemble de ces travaux qui, depuis plus de 15 ans, sont l’objet de mes enseignements, et il se trouve, que c’est aussi un sujet d’actualité. Aujourd’hui en effet, avec l’évacuation de l’intériorité, nos contemporains aspirent à une pensée qui ne relève plus de la vie : on se compare à des intelligences artificielles qu’on se surprend par ailleurs à craindre. Le transhumanisme est à la fois le symptôme d’une décadence et un remède. Il signe à la fois la décadence et la grandeur de l’homme. Car l’homme, par sa pensée, est infiniment supérieur à la machine ! Quand Socrate cherche à se comparer, c’est du côté de Dieu qu’il se tourne. Il se tourne vers la Sagesse. Il reconnaît que l’homme est celui qui désire la Sagesse, c’est-à-dire quelque chose de plus grand que lui, quelque chose qui le précède, quelque chose qui n’est pas fait de main d’homme. C’est cela qui fait la grandeur de l’homme. C’est de cela que le transhumanisme nous éloigne en rêvant d’un idéal placé dans des intelligences artificielles interconnectées, des traitements de Big data…

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De fait, ne faut-il pas craindre ces nouvelles technologies ?

On a souvent peur d’une nouvelle technique. Une peur qu’il faut dépasser par une analyse. On constate alors que le transhumanisme se présente aussi comme un remède parce que la peur profonde qui pousse vers ces technologies, c’est la peur de la mort. Pas seulement celle de la mort personnelle : des ouvrages pensent crédible l’extinction de l’humanité à une échéance relativement proche. Une extinction qui semble d’autant plus menaçante, nous disent certains transhumanistes, que la sélection naturelle ne fait plus son travail à cause du progrès technique. Aussi, si l’humanité veut durer, il faut s’engager dans les nouvelles technologies (NBIC) parce que les conditions qui ont permis notre existence ont disparu. Il faudrait s’y engager maintenant pour sauver les générations à venir. Le problème est que le remède pourrait être pire que le mal. Car ce faisant, l’homme est alors réduit à la machine, les transhumanistes veulent nous affranchir de la distinction entre le naturel et l’artefact.

Comment prendre le contre pied de cette vision de l’avenir de l’homme ?

Face à eux, ceux qui ont une culture classique, qui d’une manière ou d’une autre ont été formés en faisant leurs humanités, proposent spontanément toute une série d’arguments certains plus forts que d’autres, dont il faut évaluer la pertinence.
Le premier de ces arguments consiste à dire « qu’on n’y arrivera pas ». Par exemple, qu’il ne sera pas possible de supprimer le vieillissement. Mais c’est très difficile à prévoir : ne disait-on pas également qu’on n’arriverait pas à cartographier le génome ? A aller sur la lune ?
Le deuxième argument le plus courant est d’ordre éthique, il consiste à réagir au nom d’une nature humaine mal comprise. Certains la superposent à la génétique, mais la nature est d’un autre ordre. D’autres considèrent que l’homme relève et se constitue dans une histoire. Ils dénoncent alors une certaine honte, qui serait de ne pas être pas le fruit d’une rationalité mais celui d’un hasard de l’évolution. Le problème de ces opposants au transhumanisme est qu’ils ne veulent pas voir que l’homme a également une nature.
Pour aller au-delà de ces arguments spontanés, et répondre vraiment aux problèmes soulevés par le transhumanisme, il est important de retrouver le sens de la nature qui, hélas, est aujourd’hui considérée comme un simple réservoir de ressources inexploitée, même parfois par les opposants au transhumanisme. Nous peinons à voir la nature autrement que comme matériau à exploiter y compris au niveau du corps humain (cellules…), quasi infini, et disponible au gré de nos désirs.
Pour la mentalité moderne, la nature n’est bonne que parce qu’elle est l’objet de notre vouloir, et semble mauvaise lorsqu’elle fait obstacle à notre liberté. Les transhumanistes ne pensent pas autre chose. Aussi, pour répondre au défi transhumaniste, il faut chercher à retrouver la nature humaine qui est de l’ordre du bien et qui montre ce qui est souhaitable. Le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Vers quel « type » d’homme se dirige-t-on ?

Il y a plusieurs degrés dans le transhumanisme.
Il y a tout d’abord celui qui correspond à l’augmentation des capacités. Le Cybathlon de Zurich en est un exemple. Cette compétition veut montrer que le vrai handicap, c’est la nature, et qu’avec une prothèse, c’est-à-dire en appareillant notre corps biologique, on peut avoir une performance supérieure.
Le second degré, consiste à améliorer la nature humaine. Même si c’est encore du domaine de la spéculation et de l’hypothèse, des sommes colossales sont déjà investies dans des programmes de recherche pour remplacer le biologique par des matériaux nanotechnologiques, au niveau moléculaire, qui feront de l’homme un être interconnecté. Cette évolution de la nature serait à prendre en charge dès maintenant par l’homme. Le concept scientifique de Cyborg, élaboré par Kine et Clynes en 1960, et largement repris par la science fiction, a changé le paradigme : il ne s’agit pas de permettre la vie de l’homme dans l’espace mais d’adapter l’homme à l’espace, et donc de transformer la nature de l’homme, de l’adapter à ces nouveaux défis.
Enfin, le dernier degré est celui de l’amélioration du « ressenti ».

Comment réagir ?

Face à ces grands défis, il ne s’agit pas tant de condamner le transhumanisme, que de ne pas être naïf sur ce qui est en jeu. Pour dire les choses un peu vite, l’homme augmenté qu’il propose est un robot très sophistiqué, c’est-à-dire à un esclave (c’est le sens du mot robot en tchèque)… Mais un robot sophistiqué c’est toujours moins que le plus petit des enfants des hommes, y compris lorsqu’il porte les plus lourds handicaps. Car l’homme passe l’homme, pour parler à la manière de Pascal. Mais il faut prendre le temps de le comprendre. Aussi le temps est-il venu de redécouvrir le sens profond de l’homme.
Chaque génération a un défi à relever, nous n’avons pas seulement à être des héritiers. Si les racines du transhumanisme semblent être si profondes, c’est peut-être parce que certains défis n’ont pas été relevés. Mais ils peuvent l’être maintenant ! N’en doutons pas.
Pour cela, il faut reconnaitre la pertinence du problème auxquels veulent répondre les transhumanistes, à savoir celui qui vient du fait que l’homme n’est pas un être pour la mort, qu’il aspire à la vie et qu’il doit répondre à cette aspiration. Il reste qu’ils y apportent des solutions problématiques. En essayant d’en comprendre les raisons, et en se posant la question de savoir « pourquoi on a l’impression que ça ne peut pas être autrement », il sera possible d’exercer nos responsabilités à l’égard des générations à venir. C’est tout l’objet de ce cycle de cours.


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Au-delà du moteur de recherche bien connu des internautes, Google n’est pas seulement un outil permettant de dénicher facilement une information, mais c’est aussi un instrument que les animateurs de Google utilisent pour nous proposer un autre monde.

C’est en effet ce qu’a pu découvrir le public réuni dans l’amphithéâtre Emile Boutmy de Sciences Po, à Paris, le 4 octobre 2014 à 10h, forum qui a été diffusé sur l’antenne de France Culture, le 6 octobre, à 18h20.
Echange passionnant auquel participait Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo, Dominique Bouillier, rédacteur en chef de la revue « cosmopolitique », le sociologue et chercheur Dominique Cardon, auteur de « la démocratie » (éditeur la république des idées) sous la houlette d’Hervé Gardette, l’animateur de l’émission « du grain à moudre », en présence d’un public attentif.
Il s’agit de découvrir à quoi ressemblerait peut-être le monde de demain.
Nous serions réveillés par l’odeur du café, et non pas par le bruit strident d’un réveil…par un simple mouvement du poignet, nous pourrions décider de la température de notre appartement, de son hygrométrie, de la puissance de l’éclairage, et bien sur de la musique que nous voulons entendre….
Cette apparente fiction est déjà à l’étude un peu partout, telle cette plate forme d’expérimentation Multicom à Grenoble.
Mais ce n’est pas tout, si vous vous blessez dans votre cuisine, en heurtant un coin de porte, une puce intégrée à votre portable permettrait de scanner le membre touché, d’en évaluer les éventuels dégâts, et de proposer un diagnostic…
Votre portable pourrait vous rappeler l’anniversaire d’une cousine lointaine…et pour choisir le cadeau, vous pourriez consulter rapidement des données cumulées et anonymes collectées sur une personne du même âge, ayant les mêmes goûts, et tout ça en grande partie grâce (ou à cause) de Google.

Ray Kurzweil, le "pape" du transhumanisme, qui vient d'être nommé ingénieur en chef du moteur de recherche.

Ray Kurzweil, le “pape” du transhumanisme, qui vient d’être nommé ingénieur en chef du moteur de recherche.

C’est ce que l’on découvre dans un livre récent du à 2 dirigeants de cette entreprise, Eric Schmidtet Jared Cohen, « the new digital age », traduit en français sous le titre : « à nous d’écrire l’avenir ». (Édition Denoël- novembre 2013).
Au-delà de ce scénario de fiction, dans lequel le fameux moteur de recherche a pris une part active, les participants du forum ont tenté de définir les enjeux en question.
Tout d’abord, ils pointent du doigt le fait que Google est une entreprise qui maîtrise toutes les technologies importantes du 21ème siècle, les technologies NBIC, (Nanotechnologie,Biotechnologie, Informatique, Cognitique)
Avec sa filiale Calico, crée en septembre 2013, dont la finalité est de faire reculer la mort, voire de l’euthanasier, de faire le plein de Start Up dans le domaine du Big Data (génétique, utilisation des données pour lutter contre le cancer…) Google est en train de coloniser toutes les NBIC, ce qui fait de lui l’entreprise la plus puissante au monde, la plus intelligente, avec le meilleur management au monde qui soit, ce qui fait de lui la meilleure entreprise au monde, s’il faut en croire Laurent Alexandre : « ce qui les fait bander, ce n’est pas le business, c’est le changement de l’humanité, c’est un projet révolutionnaire (…) et c’est pour ça que nous allons voir le concept « gauche-droite » disparaître au profit d’un nouveau clivage entre les transhumanistes et les bio-conservateurs, entre ceux qui veulent changer le monde par la technologie, et ceux qui vont préférer que l’on freine un peu ».

En fait, Google est depuis le départ un projet politique, par l’innovation technologique qui va permettre de changer la société, les rapports sociaux, la politique…continue Dominique Cardon.
Dominique Bouillier lui emboite le pas, déclarant : « Google essaye de bousculer le monde ancien parce qu’ils ont vraiment compris que le cœur de l’affaire, ce sont les données, au sens large, pas les données personnelles (…) ils ont la capacité de tester les innovations dans tous les domaines, de les abandonner quand ça ne marche pas » et conclut : « il y a une forme d’objectivité algorithmique dans l’organisation des connaissances ».
Eric Schmidt, dans un livre récent destiné à évoquer le management façon Google, raconte sa vision des acteurs idéaux de l’entreprise : d’un coté « les chevaliers », et de l’autre « les valets ». Les premiers ce sont des intelligences créatives, des génies, des divas, des rock stars… à qui il faut donner toute la liberté possible, et la seule tache de l’entreprise, c’est de les recruter dans tous les domaines…et puis il y a « les valets », qui sont des médiocres, jaloux de la réussite des autres, et il faut les écarter. Il s’agit donc d’une société qui voue un culte à l’excellence.

Mais que deviendront alors les « valets » ?
Comme le constate Laurent Alexandre, Google a mis la main sur 1/3 des « bons » qui se sont spécialisés dans l’intelligence artificielle…il s’agit d’un projet neuro-révolutionnaire, et il cite Ray Kurzweil, recruté par Google en 2012, expliquant que « dès 2035 nous aurons des implants intra-cérébraux pour nous connecter à Internet plus vite, ce qui permettra à Google de répondre à nos questions avant que nous les ayons posées », précisant « Google nous connaitra mieux que notre partenaire sexuel, peut-être mieux que nous nous connaissons nous même » concluant « nous sommes bien dans une fascination pour l’intelligence, une volonté de développer l’intelligence artificielle, de l’interfacer avec le cerveau humain, afin d’augmenter les capacités de celui-ci ».
D’ailleurs, des scientifiques sont d’ores et déjà convaincus que la puce sous-cutanée sera bientôt obligatoire pour tout le monde.
Le projet de Google est donc de changer le monde pour qu’il soit meilleur, par le biais de la technologie, en changeant l’humain pour le rendre plus performant.
En tout cas ce projet est voulu transhumaniste et il a 3 axes : d’abord euthanasier la mort, puis, développer l’intelligence artificielle, et enfin interfacer cette intelligence artificielle avec notre cerveau biologique : il s’agit donc d’un vrai projet politique parfaitement pensé dont nos élus devront tenir compte, s’ils ne veulent pas se ringardiser, voire être « largués », ce qui est déjà largement le cas pour nombreux d’entre eux.
Ce projet devrait permettre, grâce aux données accumulées, de revoir totalement l’organisation de la société humaine, et c’est pour cette raison qu’ils s’intéressent aux « maps », à la voiture intelligente, mais aussi à tous les réseaux et services que nous utilisons chaque jour.
Comme le martèle Laurent Alexandre, « nos élites politiques sont totalement inadaptées, (…) l’Etat est incompétent et connaît mal la technologie développée par ces nouveaux géants qui concentrent les meilleurs cerveaux du monde et il va bien falloir changer d’élites politiques au moment où nous changeons de monde (…) vous savez bien que ni Sarközi, ni François Hollande, n’ont d’ordinateurs, nos élites sont des handicapés du mulot, des bras cassés en informatique, et il leur est très difficile de comprendre le monde technologique dans lequel nous rentrons (…) c’est pour ça que si nous voulons réguler les nouvelles puissances trans-humanistes des technologies NBIC, il est absolument urgent d’avoir des élites qui comprennent ces technologies,…des gens plus intelligents à la tête des états européens ».
De quoi s’interroger aujourd’hui sur l’avenir de ces politiques, puisqu’ils semblent avoir d’énormes difficultés à comprendre ce monde qui arrive, voire qui est déjà là, en train de se mettre en place sous nos yeux.
On le sait, en France et ailleurs, nos élites sont coupées des réalités de la rue, ne s’occupant que de « replâtrages » inefficaces, au lieu de participer à la construction d’un projet humaniste, à défaut d’être transhumaniste.
Ils n’avaient pas vu venir la crise financière…on se souvient que Sarközi (en 2012) et Lagarde, en août 2007 prétendaient qu’elle était derrière nous, alors qu’elle ne faisait que commencer.
Ils n’ont pas vu venir la logique délocalisation des emplois et des richesses, alors qu’ils étaient les acteurs consentants de cette mondialisation.
Ils s’illusionnent encore d’une reprise de la croissance et d’une fin du chômage, alors que la tendance prouve bien que tout ça va perdurer longtemps.
Ils sont incapables de prendre le vrai tournant de la transition énergétique, s’arque boutant pour défendre un nucléaire cher et moribond.
Ils restent les otages de la finance mondiale.
Ils n’ont pas pris conscience du gouffre qui s’est crée entre les populations marginalisées des banlieues de nos grandes villes, et leurs pseudos élites, provocant par ce clivage, d’une part le rejet d’une jeunesse désillusionnée, le retour des extrémismes racistes et conservateurs, et d’autre part un dégoût de ce monde politique de nantis qui n’ont d’autres buts que de gagner un fauteuil, et de le conserver le plus longtemps possible, sous le fallacieux prétexte d’une illusoire démocratie.


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MIEUX COMPRENDRE LES HUMAINS OU LES AMÉLIORER?

Un pas important dans la création de singes humanisés vient d’être franchi en Chine. Comme on peut le lire dans la revue spécialisée Cell, l’affaire, œuvre de chercheurs chinois dirigés par Yuyu Niu (Laboratory of Primate Biomedical Research, Kunming), est un tour de force technique: ces chercheurs sont parvenus à utiliser pour la première fois chez des primates une technique d’insertion de gènes étrangers qui n’avait jusqu’à présent pu être utilisée que chez des rongeurs de laboratoires (rats et souris) ainsi que chez le poisson-zèbre.

Les animaux seront le support aux expériences vers le transhumanisme

Les animaux seront le support aux expériences vers le transhumanisme

Cette manipulation génétique fondée sur les structures dites «Crispr» ouvre de nouvelles perspectives dans l’utilisation de singes génétiquement humanisés comme modèle d’étude de maladies humaines.
Ces chercheurs ont pratiqué une greffe de gène au tout premier stade embryonnaire. Ils ont d’abord créé in vitro des embryons de macaque. Les gènes étrangers ont ensuite été injectés neuf heures après cette fécondation artificielle. Ils se sont intégrés au patrimoine génétique des embryons macaques qui ont ensuite été placés chez des mères porteuses. Sept mois plus tard, des macaques mutants sont nés.

Cette technique permet, selon les chercheurs chinois, de greffer simultanément plusieurs gènes dans le patrimoine héréditaire des singes dont les gènes Ppar-g (qui dirige la synthèse d’une protéine impliquée dans le métabolisme du sucre et des graisses) et Rag1 (qui joue un rôle clef dans l’immunité). Les créateurs de ces animaux estiment que ces nouvelles possibilités permettront de disposer à l’avenir de meilleurs modèles expérimentaux vivants pour analyser les maladies humaines d’origine génétique et les possibilités thérapeutiques les concernant.

Une autre perspective est celle du transhumanisme: ces néo-singes deviendront une plateforme expérimentale d’amélioration des performances génétiques de certains représentants de l’espèce humaine. Les chercheurs chinois se veulent ici rassurants. Dans un entretien accordé à la MIT Technology Review, Weizhi Ji, qui a dirigé ce travail, explique qu’il faudra encore attendre longtemps avant de pouvoir expérimenter cette nouvelle technique à des embryons humains. Pour des raisons de sécurité, explique-t-il.