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Dans le livre Les robots font-ils l’amour ?, paru aux éditions Dunod, Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier abordent la question des robots et du transhumanisme de manière décomplexée. Alors, peut-on faire l’amour avec un robot ?

La question de la relation Homme-robot est récemment revenue sur le devant de la scène avec la diffusion aux États-Unis de la série Westworld, une science-fiction aux airs de western qui plonge le téléspectateur dans l’univers d’un parc d’attraction futuriste peuplé d’androïdes ultra-réalistes. Dans leur livre Les robots font-ils l’amour ?, paru aux éditions Dunod, Laurent Alexandre, médecin et entrepreneur, et Jean-Michel Besnier, philosophe spécialiste des nouvelles technologies, abordent justement cette fascinante question des robots et du transhumanisme.
L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’Homme ? Est-il désirable de vivre 1.000 ans ? Quels sont nos sentiments pour les robots ? Demain, serons-nous tous cyborgs ? Autant de questions posées dans l’ouvrage.

Le livre Les robots font-ils l'amour ? est paru aux éditions Dunod. © Dunod

Le livre Les robots font-ils l’amour ? est paru aux éditions Dunod. © Dunod

Le cybersexe et la cybersexualité
Le texte qui suit est extrait du chapitre « Peut-on faire l’amour avec un robot ? »
Jean-Michel Besnier : La question de savoir si la sexualité avec les robots est possible appelle naturellement une réponse positive. À la rigueur, la sexualité est possible avec n’importe quel moyen qui permettra l’extinction de la tension résultant de zones érogènes (de toutes les zones érogènes dont l’organisme est support : muqueuses génitales, intestinales, anales…).
L’humain peut donc faire sexe de tout bois – et, a fortiori, exploiter la mécanique du robot. Pourquoi faire particulièrement cas de la cybersexualité ? Parce qu’elle améliore le service rendu par les poupées gonflables ? Pour une grande part, mais ce n’est pas suffisant.

Qu’est-ce que le transhumanisme ? Les auteurs du livre Les robots font-ils l’amour ? nous l’expliquent. © Dunod, via YouTube
Laurent Alexandre : Dans une vie, beaucoup d’êtres humains ont plus de relations onaniques que de rapports sexuels avec un tiers ! Pour ceux-là, l’amour robotisé couplé avec la relation virtuelle sera un plus par rapport à la simple masturbation. Pour que le robotsexe se généralise, il faudra qu’il devienne intelligent, ce qui va prendre plusieurs décennies. Sinon, il s’agira seulement d’un sextoy sophistiqué.
Jean-Michel : Même quand il n’est pas androïde, le robot n’est pas une machine comme une autre. Il est mobile et donne l’impression d’une autonomie. À ce titre, il éveille des illusions animistes. On a l’impression qu’il dessine un point de vue sur le monde et qu’à cet égard, il peut entrer en dialogue avec nous. Au moins autant – mais davantage quand il a forme humaine – qu’un animal domestique avec lequel on s’exprime et on s’explique aussi. Le robot est donc quasiment un animal comme les autres, et donc un être fort proche de nous, qui sommes réputés être également « des animaux comme les autres ». En tant qu’être admissible dans le dialogue, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas intervenir dans la sexualité – comme les animaux eux-mêmes. S’il est doté des commodités fonctionnelles qui lui permettent d’accueillir et de soulager l’excitation pulsionnelle, il devient un partenaire sexuel idéal.

Jia Jia est une humanoïde au réalisme saisissant. © Xinhua, Barcroft Media

Jia Jia est une humanoïde au réalisme saisissant. © Xinhua, Barcroft Media

Et c’est bien ce que l’on entend dire parfois : le robot remplacera fort bien le partenaire qui peut toujours se refuser (ah la migraine ! Pas ce soir, chéri !), qui n’accepte pas toutes les attentes et qu’intimide souvent l’expression de la jouissance. On pourra donc se payer le luxe d’une machine à dispenser éventuellement les mots de l’amour (comme dans le film Her de Spike Jonze, sorti en 2013), de l’abandon et de la fantaisie – et ce, sans la culpabilisation qui peut atténuer le plaisir chez le pervers lui-même. La sexualité, promue depuis longtemps objet de consommation et sujette au marketing entretenue par la pornographie, obtiendra son débouché le plus intarissable, dans un contexte où, déjà, la libido interhumaine s’essouffle, comme le constatent les addictologues qui cherchent à résoudre les effets de la fréquentation compulsive des sites pornos chez les jeunes.
Laurent : Tu as raison d’évoquer Her. Le vrai cybersexe passe par le croisement de la robotique, de l’intelligence artificielle, des neurosciences et de la réalité virtuelle comme le casque Oculus de Facebook (qui permet de voir une réalité virtuelle comme si elle était réelle). Dans quelques décennies, il sera possible de tomber amoureux d’un robot comme dans le film Her.
Découvrez le livre Les robots font-ils l’amour ? pour en savoir plus sur les robots et le transhumanisme.

transhumanisme.

Playlist : tout savoir sur le transhumanisme, la robotique et l’intelligence artificielle Jean-Claude Heudin, directeur de l’IIM (institut de l’Internet et du multimédia) nous parle de sa vision du transhumanisme, du futur de l’intelligence artificielle et des robots durant cette série d’interviews réunies sous forme de playlist.


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Cofondateur en 1998 de la World Transhumanist Association (actuelle Humanity+) puis de l’Institut d’éthique pour les technologies émergentes, le philosophe suédois Nick Bostrom interroge en 2003 les valeurs nécessaires à l’établissement du projet posthumaniste.

Celles-ci doivent permettre de l’explorer “sans causer de dommages irréparables au tissu social ni l’exposer à des risques inacceptables”. Le transhumanisme puis le posthumanisme créeront de nouvelles valeurs humaines, il est donc essentiel de partir d’un socle bien établi. De plus, les outils classiques d’exploration de nos valeurs, “de basse technologie”, que ce soit l’éducation, la philosophie, la méditation, et leurs objectifs de se perfectionner ou de créer une société meilleure et plus juste, seront dépassés par les technologies avancées du transhumain, estime Bostrom. À la valeur première de se donner les chances d’explorer les champs du transhumain et du posthumain, le philosophe ajoute:

• la sécurité totale : en aucun cas les choix exploratoires ne doivent entraîner de risque sur l’existence de notre espèce, ou abîmer son potentiel de développement
• le progrès technologique : c’est lui qui permet l’émergence des avancées transhumaines, il va de pair avec et découle de la croissance économique et de la productivité.
• l’accès à tous : le projet posthumain ne doit pas être exploré par quelques élus, mais accessible à tous. Une certaine urgence morale implique également que cet accès soit rendu possible dans le temps d’une génération.

posthumanisme

posthumanisme

Ces quatre valeurs cardinales étant posées, Bostrom en ajoute une dizaine qui en émanent. Il s’agit d’une liste, non exhaustive, qui permet de mettre le projet transhumaniste en pratique. Parmi elles : le libre choix d’explorer telle ou telle voie, sans devoir se conformer à une norme, sans risque de se voir opposer des normes morales ; l’absolue nécessité de faire ses choix en étant informé, et donc formé, par le biais de recherches collectives, de débats, ou sur le plan individuel de techniques avancées pour comprendre et choisir ; la nécessité de règlements mondiaux, de coopération internationale, de paix globale, de disparition des armes de destruction massive ; le respect et la tolérance généralisées, de toutes les intelligences, les humains, les animaux, les êtres artificiels ; le respect de la diversité, celle des espèces et celle des choix de vie ; l’impérative nécessité de prendre soin de la vie et de sauver les vies.

Dix ans plus tard, lors du forum international de Davos en 2015, les participants réunis autour des grands défis et des technologies émergentes, soulignent à leur tour trois valeurs, individuelles et collectives, à développer.

• l’empathie : la capacité à comprendre ce que l’autre ressent, essentielle dans une société de la diversité qui veut assurer sa cohésion. Les technologies avancées doivent aider à la fois à maîtriser ces émotions qu’elles rendront encore plus accessibles, et à libérer du temps aux humains pour qu’ils se concentrent sur ces activités d’empathie.
• le choix personnel : les humains doivent pouvoir déterminer par eux-même leurs choix d’amélioration. Par exemple un nouveau- né doit naître vierge de technologies, car il ignore le droit qu’il a de choisir pour lui-même. Chacun doit de même pouvoir choisir le travail qui lui convient.
• la responsabilité : qu’elle soit collective ou individuelle. Les risques qui pèsent sur notre environnement, par exemple, ne permettent plus de se défausser sur les autres. Les technologies peuvent nous aider à éclairer nos choix, à comprendre en temps réel l’impact de nos décisions.

L’heure est à la réflexion sur une plus large dissémination de ces idées, comme en témoignent les sujets traités lors d’une conférence en mars 2015 dans la Silicon Valley, qui en soulignait le caractère d’urgence: Quels sont les objectifs du projet transhumain à court terme ? De quelle manière atteindre le grand public et placer ces idées au coeur des débats ? De quelle manière s’installer dans le milieu politique ? Comment les idées et innovations transhumanistes peuventelles créer un monde meilleur dès aujourd’hui, pour des milliards de personnes sur Terre ?

Et s’il est un sujet qui soulève de nombreuses questions aujourd’hui, c’est bien celui de l’intelligence artificielle, une IA non maîtrisée, devenue folle ou hostile, comme l’imaginait Nick Bostrom avec son IA spécialiste de la fabrication des trombones qui transforme la planète entière en usine à trombones. Stuart Russel, fondateur du Center for Intelligent Systems à l’Université de Californie, Berkeley, est à l’initiative en janvier 2015 de la lettre ouverte sur les risques liés aux IA signée depuis par plus de 300 personnalités. Il ne faut cependant pas voir cette lettre comme un appel à freiner brusquement toute recherche dans le champ de l’IA. Russel explique également comment les algorithmes d’apprentissage doivent être pensés pour apprendre les valeurs des humains et non pas créer leur propre référentiel. Les fonds collectés à cette occasion sont d’ailleurs destinés à travailler sur des IA bénéfiques pour les humains, dont les algorithmes sont pensés non pas pour les aliéner ou leur faire perdre leur libre arbitre, mais pour les assister dans leur quête d’amélioration. Cette question des algorithmes, leur fonctionnement, leur impact, doit être expliquée et enseignée dès le plus jeune âge, mais également dans les générations actuelles qui ne l’ont pas encore comprise. Résumée par la formule « programmer ou être programmé », la prise de conscience qu’il faut maîtriser ces algorithmes pourra faciliter une exploration conjointe, homme / machine, des connaissances. Andrew Ng (Coursera, Google Brain, Baidu…) estime ainsi que les processus de deep learning actuellement en pointe en IA qui sont fortement consommateurs de données, doivent inspirer les humains qui devraient, eux aussi, dans une logique d’extreme learning, assimiler tout au long de leur vie ces connaissances fondées sur les données, et faire évoluer leurs capacités d’apprentissage en regard.

Un défi technique

Les capteurs et les objets de l’Internet, qu’ils soient dans le corps, sur le corps ou à distance, portent plusieurs défis à relever. Le premier est de créer des capteurs donnant accès à de nouvelles grandeurs physiques, notamment pour permettre la création de nouveaux sens. Qu’allons-nous pouvoir faire, par exemple, une fois que nous aurons l’extrême sensibilité aux sons et aux vibrations des araignées ?

Le deuxième défi est celui de l’intégration des machines à nos cerveaux. Jusqu’à maintenant les interactions en entrée avec le cerveau se font en mode intrusif, mais il est à présent possible également de stimuler à travers la peau crânienne des aires précises du cerveau et influencer sur l’humeur de l’utilisateur. De tels dispositifs seront utiles avant que ne se développent des nanocapteurs et nanoactuateurs capables d’agir sur des groupes de neurones spécifiques.

Le troisième défi est celui de l’intégration de tous ces capteurs entre eux, le système nerveux de l’Internet des objets. Il s’agit notamment de la 5G, avec comme premiers cas d’usages les voitures connectées et autonomes, et la télémédecine. Dans les allées du congrès mobile de Barcelone en mars 2015, il se disait deux choses : que l’Europe allait à nouveau être en retard et qu’il allait falloir lâcher du lest sur la neutralité du net.

Anthropologie de la robotique

À Télécom École de Management, Gérard Dubey analyse les relations entre l’homme et le robot et interroge les défis anthropologiques de la robotique personnelle. Avant le développement de ces « objets » à l’échelle industrielle, de nombreux défis aussi bien pratiques qu’épistémologiques sont soulevés. Ils doivent en effet agir à proximité d’êtres humains, dans leur environnement quotidien et personnel. Chacun étant différent, chaque pathologie étant différente, les robots d’assistance doivent être éminemment flexibles pour s’adapter à toutes les situations humaines possibles. Le sociologue s’est également intéressé aux représentations du robot anthropomorphe à travers la série télévisée Real Humans.

Un défi éthique

Le débat éthique est au coeur des réflexions sur l’Homme augmenté. Il se pourrait même que l’éthique soit un des points qui ne puisse être délégué aux machines et soit notre part d’humanité. Pour Laurent Alexandre, « aujourd’hui, il faut miser sur une grande culture générale et une grande culture éthique. Elles vont devenir fondamentales dans le monde qui vient. Si le droit est assez automatisable, le gisement d’emplois sur la réflexion éthique ne l’est pas. »

C’est d’ailleurs par la médecine d’abord que les réflexions éthiques arrivent. Le docteur Bertalan Meskó, auteur d’un récent guide du futur de la médecine, fait la liste des questions éthiques soulevées par les technologies de rupture. Il en envisage déjà dix : le risque de piratage des dispositifs médicaux ; la défense de notre vie privée et de celle des autres ; la valeur des tests et analyses faits à la maison ; les demandes de personnes saines souhaitant remplacer des parties d’eux-même ; les différences biologiques fondées sur des capacités financières différentes de leurs porteurs ; le bioterrorisme et le nanoterrorisme ; le décalage entre les avancées technologiques de la médecine qu’on voit dans les medias et ce qu’il est possible de faire effectivement dans l’hôpital de quartier ; la question même du transhumanisme ou du posthumanisme, philosophies difficiles à appréhender et qu’il faut prendre le temps d’analyser ; la sexualité devenue objet technologique.

Explorateurs du posthumain

La condition transhumaine ne relève pas d’une transcendance de l’être humain, mais concerne son devenir non téléologique, dans un processus immanent de dérégulation anthropologique.

Les grands acteurs de l’Internet ont pris plusieurs longueurs d’avance en ayant accès aux données de nos comportements. Dans un pays comme la France où la culture verticale est encore très présente, où les transformations dans les entreprises sont longues à mettre en place, le rattrapage d’innovation viendra plus des startups que des grands groupes, mais peutêtre qu’il ne viendra pas uniquement d’une surenchère dans les technologies. Les racines des Lumières doivent nous rappeler que nous devons nous concentrer d’abord sur l’humanité. Que l’objectif n’est pas de construire des stratégies numériques, mais de construire des stratégies dans un monde numérique. Il faut prendre un nécessaire recul pour envisager le panorama dans sa globalité, dans ses transversalités, dans ses transdisciplinarités, et dépasser tous les clivages. Entrepreneurs, chercheurs, penseurs, politiques, citoyens tous ensemble pour retrouver une capacité à penser le monde avec une vision haute.

Joël de Rosnay, scientifique et prospectiviste, écrit depuis longtemps sur l’Homme symbiotique, et sur un macro-organisme planétaire qu’il nomme le Cybionte, produit du mariage de la cybernétique et de la biologie. Pour lui, le transhumanisme tel qu’il se révèle actuellement relève d’une démarche élitiste, égoïste et narcissique. Il lui préfère une autre voie qu’il appelle l’hyperhumanisme, une voie qui permet « la symbiose intégrée et collective avec les machines ». Selon cette approche, ce sont les valeurs et les caractères humains qui seront augmentés et « encore plus humains que ne l’a produit l’évolution ». En faisant disparaître la compétition, la concurrence, et les autres mécanismes qui ont poussé l’humanité dans les méandres de l’individualisme, les technologies pour l’hyperhumain lui permettront de développer des dimensions aujourd’hui inhibées, comme la coopération, le partage, le respect, la solidarité, la fraternité, l’empathie, l’altruisme, autant de valeurs qu’on retrouve bien dans les textes fondateurs de Nick Bostrom.

Finalement, ce que trouvera l’Homme dans sa quête d’augmentation, s’il réussit, c’est se dépasser lui-même en tant qu’individu et accéder à une perception intime du collectif. Ce n’est ni plus ni moins l’émergence d’une conscience planétaire, Cybionte, Noosphère ou Gaïa. Francisco Varela, spécialiste s’il en est de l’émergence de la conscience, expliquait que le monde n’avait pas de couleur définie, animaux, et humains selon les époques, percevant le monde en trichromie, quadrichromie ou pentachromie. Tous les modes de perception sont utiles à la conscience pour comprendre le monde où elle s’incarne. C’est ce que nous devons faire à l’échelle collective pour comprendre le monde qui évolue avec nous, et lui donner tout son sens.

Un défi collectif

Projet éminemment transdisciplinaire, le transhumanisme est également un projet collectif pour l’Humanité qui doit rassembler chercheurs, entrepreneurs, penseurs, décideurs, citoyens…C’est également une chance unique, compte-tenu de la variété des disciplines convoquées, et une nécessité absolue, de donner une place égale aux femmes et aux hommes dans le débat et dans la recherche. Ce pourrait être une voie royale pour les femmes qui sont encore en minorité dans les acteurs en vue de l’ère numérique. On les trouve d’ailleurs aujourd’hui en pointe sur les questions de longévité et d’immortalité. Parmi les figures féminines du transhumanisme, se trouve ainsi Martine Rothblatt, transgenre et fondatrice de Sirius Satellite Radio et CEO de United Therapeutics, une entreprise de transplantation d’organes. Elle a créé une organisation à but non lucratif dédiée au chargement, espéré un jour, de l’esprit dans la machine. Aujourd’hui, cependant, les personnes ne peuvent que charger les activités qu’ils ont dans les réseaux sociaux.

Maria Konovalenko et Anna Kozlova poursuivent une autre voie vers l’immortalité, celle de préserver sa santé et son corps jusqu’à ce que des techniques futures permettent d’aller plus loin. Jeunes chercheuses en biologie et en chimie installées dans la Silicon Valley, elles lancent en mai 2015 une opération de financement participatif pour rédiger le Longevity Cookbook.


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On a beaucoup parlé en France des Gender Studies, notamment lors du vote en faveur du mariage homosexuel, mais beaucoup moins d’un mouvement de pensée encore très actif dans la recherche aussi bien théorique que pratique : le transhumanisme. Voilà un digest sous forme de fiche introductive susceptible de souligner son importance croissante dans notre société et les interrogations multiples que cette vision-conception soulève.

Le transhumanisme

Cette conception postule l’amélioration de la vie humaine par le recours à la raison, la science et la technologie. Il ambitionne de contrer la maladie, la souffrance, les handicaps en améliorant les capacités humaines, en le dotant de prothèses hybrides, en dépassant ses limites cellulaires jusqu’à… peut-être… l’immortalité. La recherche génétique – et son pendant la thérapie génique – est à intégrer dans le transhumanisme. Tout comme la cyberbiologie et la nanomédecine en tant qu’outils essentiels. Le transhumanisme se retrouve d’emblée confronté aux interrogations (bio)éthiques.

On en rêve ? Vraiment ? Peut-être…
Si actuellement le transhumanisme connait un essor soutenu, c’est notamment en raison d’un ralliement de grandes figures de la Silicon Valley. Bill Gates nourrit de nombreux projets d’amélioration de la vie à travers sa fondation. Google investit dans les lentilles et autres périphériques directement connectés à l’humain. Steve Jobs et sa philosophie bouddhiste n’étaient pas insensibles non plus à cette conception de la vie, comme l’illustrent ses produits et projets. Lorsque Facebook rachète le périphérique de réalité virtuelle Oculus Rift, ce n’est pas non plus sans arrière-pensée… Si la dimension « humaniste » est constamment mise en avant, notamment par Bill Gates, un parallèle s’impose avec un autre courant de pensée fort prisé, notamment des puissances financières américaines, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle : l’eugénisme.

Petite histoire d’Eugène (le bien-né)

transhumanisme
Evolutionnisme post-Darvin
À l’origine de la théorie eugénique reposait la volonté d’améliorer l’humain afin de le faire conduire vers un « idéal » génétique. Ce qui s’inscrit en droite ligne de l’essor de la génétique et de la sélection des espèces végétales et animales. De fait, les espèces florales que nous admirons dans nos jardins sont le fruit d’hybridations naturelles puis artificielles afin de tendre vers l’idéal du jardinier : couleur, forme, mais aussi résistance aux climats, parasites, etc. Il en va également ainsi des animaux : chiens, chats, chevaux, vaches, etc. Et tout simplement de l’histoire des hommes qui les voit se mélanger entre ethnies puis races. Il était naturel que la découverte du génome et de la manipulation génétique conduisent à la tentation de sélectionner… l’humain. De le modifier afin – idéalement – de l’améliorer.

eugenisme

En termes historiques, Darwin avait démontré par sa théorie l’évolution des espèces et son cousin Galton allait mettre les bases de l’eugénisme dès 1883. Entre vision conservatrice (sélection forcée ou Eugènisme Négatif) et libérale (élimination naturelle ou Eugènisme Positif), l’eugénisme a évolué et a trouvé de grands partisans au début du XXe siècle à l’image d’Henry Ford ou John D. Rockefeller. On parle alors de préservation des races, des lignées, mais aussi de dégénérescence.

En pratique, l’Angleterre et l’Irlande ont connu force internements et éliminations de déficients mentaux. Il convenait de se débarrasser des citoyens passifs et asociaux. En sus, les conceptions racialistes établissaient une supériorité de la race blanche sur les autres. C’est ainsi que cette conception rencontra de grands partisans en France (Paul Doumer) peu ou prou tempérée par les visions sociales d’origine chrétienne ou socialiste naissante.

Lebensborn

Quant aux États-Unis, dès 1907 se pratiqua la stérilisation des criminels et « malades » (à la définition bien floue – de l’épileptique à l’alcoolique en passant par l’homosexuel) en Indiana. Ces lois continuèrent à avoir cours dans plus de 30 États en 1950 et jusqu’en 1972 en Virginie. La promotion de l’eugénisme étant assurée par de grandes fortunes internationales (notamment Ford et Bush) et se propagea dans des milieux scientifiques en Allemagne où une loi sur la stérilisation fut votée en 1933. L’eugénisme fut ainsi le socle théorique qui justifia la discrimination raciale finale.

On en rêve ? Vraiment ? Peut-être…

On en rêve ? Vraiment ? Peut-être…

Des racines communes pour un nouveau surhomme, plus-qu’homme ou transhume ?

Transhumanisme et Eugènisme partent donc d’une volonté d’amélioration des conditions de vie humaine. Mais le transhumanisme ne parle plus de sélection génétique, mais de modification génétique. Dans les deux cas, l’homme joue au démiurge, s’érige en Dieu et gère la créature au-delà des limites qui lui a été confiée. Une critique balayée par les promoteurs de ce courant de pensée comme un archaïsme et une pudibonderie désuète.

Surhomme

En pratique, deux courants se dessinent. Le transhumanisme négatif et contraint veut imposer sa conception et ses orientations des avancées technologiques à l’aide de différents biais et pressions sur la société ; les défenseurs d’un transhumanisme positif croient en l’adoption naturelle de cette technologie par l’humanité grâce à la progressive prise de conscience de sa nécessité. Au demeurant, nous sommes réduits en tant qu’observateurs à opérer des parallèles, notamment pister les dérives de l’eugénisme pour prévoir celle du transhumanisme ?

Transhumanisme = homme + = surhomme ?

Prenons l’exemple du dernier livre de Dan Brown (qui a décidément un don pour creuser les bons filons) : Inferno. Il en montre habilement une dérive perverse : la création d’un virus qui se chargerait de la sélection et de la réduction de la population humaine pour son propre « bien ». Car si le transhumanisme vise à l’amélioration de la condition humaine, l’humain est précisément pour certains son propre et pire ennemi, notamment car il met en danger la survie de la planète, soit son environnement naturel et nécessaire. C’est d’ailleurs un point de vue répandu dans le courant deep ecology : il faut cesser de se reproduire afin que la nature reprenne le contrôle de la terre (curieusement, on se demande fort peu ce qu’est en soit la nature ? Loin d’être évident, ce concept est bien plus complexe que le simple tableau des mers, des terres, océans, faune et flore…).

Autre exemple chéri de la science-fiction et du cyberpunk : une société ultralibérale où la sélection se fait par l’argent. Les riches peuvent s’offrir les meilleures améliorations pour survivre et les pauvres sont corvéables à merci. Hollywood se délecte de ce genre de théorie récemment, comme le montrent récemment des films comme Le Transperceneige ou Elysium. Reste que les premiers objets bioconnectés – par exemple les lunettes à réalité augmentée de Google et Samsung et leur greffage en lentilles sur la cornée des yeux – suscitent un désir grandissant – matiné d’une once de délectable effroi – chez une bonne partie de nos congénères. Il en va de même de la perspective de repousser toujours plus loin les limites de la dégradation cellulaire et de l’espérance de vie. Bref, devenir un sur-homme. Pourtant, loin de la pauvreté philosophique, réflexive et éthique des blockbusters, ces « améliorations » des individus comme de l’espèce humaine ouvrent de nombreux et profonds champs d’interrogation où il est pour l’heure bien difficile de naviguer.

transhumanisme
Home de l’homme ou l’homme du futur mediacenter universel ?
Amélioration prothétique d’un côté, dégradation idiosyncrasique de l’autre, construction ou déstructuration de l’identité du sujet, enrichissement du point de vue sur le réel ou fragmentation tendancieusement schizophrénique, rééquilibrage de l’inscription de notre présence sur terre et de la relation à ses autres formes de vie ou accroissement d’un divorce consomme fait d’étrange et d’étrangeté. Bref, c’est le concept même de l’humain et de son incarnation qui promet de connaître une altération cruciale. Un débat capital qui ne fait que s’ouvrir. À suivre donc…


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Sommes nous tous destinés à être transhumains ?

Google glass, lentilles Google, objets connectés, mains bioniques et exosquelettes, la liste des objets techniques permettant d’améliorer l’humain, ne cesse de s’allonger. La convergence des nano-technologies, des biotechnologies, des sciences cognitives et de l’intelligence artificielle semblent donner raison aux prophéties transhumanistes sans que l’opinion publique ne s’en inquiète outre-mesure.

Révélé au début de la semaine dernière par le site spécialisé Patent Bolt, le dépôt de brevet de la société Mountain View pour des lentilles à caméras intégrées, laisse présager que les Google Glass sauront à l’avenir se faire plus discrètes. Figures de proue des innovations au service de l’Humain, Google Glass et lentilles connectées, renvoient clairement aux théories transhumanistes.

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques

Google et l’Homme connecté

En janvier dernier, Google avait déjà annoncé un projet de lentilles de contact intelligentes permettant aux diabétiques de mesurer leur taux de glucose grâce aux larmes. Aujourd’hui, les spéculations vont bon train sur les usages possibles de ces lentilles.

Techniquement, chacune des lentilles sera dotée d’une caméra, n’affectant pas le confort du porteur. Elles seraient par ailleurs capables de prendre des photos, de stocker et d’envoyer des données à un terminal installé à distance au moyen d’un réseau sans fil. En un clignement d’œil, l’utilisateur pourra contrôler cette lentille. Première cible envisagée pour ces lentilles du futur : les malvoyants, les caméras permettant de filmer l’environnement et de retranscrire ces informations visuelles en signaux sonores.

Les développements récents de Google donnent donc raison à Eric Sabin, auteur de L’Humanité Augmentée qui déclarait dans Libération qu’après les Google Glass : « l’implémentation de lentilles au contact des rétines nous érige[raient] comme des cyborgs enveloppés de données ajustées à chacune de nos situations ». Un homme connecté, et augmenté, le phénomène n’est donc plus uniquement du ressort de la science fiction et se concrétise véritablement dans notre société, questionnant la perfectibilité humaine.

Iron Man est déjà parmi nous

« Nous construisons un iron man », cette déclaration de Barack Obama faite à l’occasion d’un discours le 25 février dernier, a provoqué l’hilarité de l’assistance. Pourtant, sous son apparence de blague l’information a été vérifiée par Gizmodo. Selon le site : un prototype sera lancé au mois de juin. Baptisée TALOS, pour : «Tactical Assault Light Operator Suit» soit en Français « armure légère d’assaut tactique », l’armure ignifugée permettrait de se protéger des balles et des chocs et embarquerait avec elle de nombreux capteurs. Reste qu’elle ne volera pas, et ne contiendra pas de missiles, au grand damne des fans du héros de Marvel. Ce dispositif totalement innovant appliqué au domaine militaire trouve des échos dans la médecine.

L’homme augmenté est une réalité, qu’il s’agisse des exploits de l’athlète handicapé Oscar Pistorius capable d’affronter des valides grâce à ses lames, ou de greffes de mains bioniques dignes de celle d’Anakin Skywalker dans Star Wars. Parmi les exemples les plus impressionnants citons : BeBionic3, la main bionique du fabricant britannique de prothèses RSL Steeper. Pesant 550 grammes, composée d’aluminium et fibre carbone ; la main bionique est connectée par deux électrodes branchés au biceps et triceps du patient. Ainsi, le mouvement des muscles déclenche un courant électrique qui commande la main. L’ensemble des mouvements possibles (au nombre de 14, parmi lesquels : pointer l’index, agripper avec le doigt, agripper avec toute la main, articuler l’index, pincer, tendre la main, main au repos) sont préprogrammables grâce à un logiciel dédié.

Autre exemple de prouesse technique consacrée à l’amélioration de l’humain : l’exosquelette de RB3D. Son intérêt ? Permettre à l’Homme de porter des charges très lourdes sans efforts pour le porteur, de quoi mobiliser les entreprises mais également l’armée. En effet, un tel dispositif permettrait au soldat de mieux supporter leur équipement traditionnel, ou très lourd dans le cas de démineurs qui portent jusqu’à 80 kg de matériel.

Les prophéties transhumanistes

L’ensemble de ces exemples renvoient directement au courant de pensée transhumaniste, et sa concrétisation. Mêlant « technoprophètes », chercheurs de renommée et patrons de grandes entreprises dans les hautes technologies, ce courant culturel prône l’application des techniques au corps humain, afin de transcender les limites de l’humain : vulnérabilités, handicap, maladie, vieillissement ou mort.

Si certains font remonter l’origine du transhumanisme à la Renaissance, où l’usage de la science pour améliorer le corps fait son apparition, puis au Siècle des Lumières grâce aux réflexions de Condorcet sur la quête d’une vie prolongée et de Rousseau sur la perfectibilité ; retenons que le mouvement prend son ampleur et se définit dans les années 1980. La convergence des nano-technologies et des biotechnologies font entrevoir la possibilité d’un Homme affranchit des ses limites corporelles.

Considéré comme un courant post-humaniste, le transhumanisme se distingue de la perfectibilité rousseauiste dans la mesure où il ne conçoit pas d’amélioration de l’individu dans et par la société, mais bel et bien dans une approche technoscientifique. Révélateurs de l’esprit transhumaniste, deux articles de la Déclaration de l’Association Transhumaniste mondiale, en date de 1999 :

1- Les transhumanistes prônent le droit moral, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie. Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles.

2- Nous prônons une large liberté de choix quant aux possibilités d’améliorations individuelles. Celles-ci comprennent les techniques afin d’améliorer la mémoire, la concentration et l’énergie mentale ; les thérapies permettant d’augmenter la durée de vie, ou d’influencer la reproduction ; la cryoconservation, et beaucoup d’autres techniques de modification et d’augmentation de l’espèce humaine.

Pape du transhumanisme, Ray Kurzweil, futurologue, informaticien directeur de l’ingénierie chez Google, prédit que nous pourrons télécharger nos cerveaux sur des ordinateurs, dans le cyberespace ou des corps robotiques. Autre concept développé par le futurologue : celui de « singularité », moment où « les changements technologiques seront si rapide et si profonds que la vie humaine sera transformée de manière irréversible », mettant fin à l’humanité telle que nous la connaissons.

Libéré de tout déterminisme biologique, enfin maître et possesseur de sa propre nature jusqu’à son code génétique, l’être humain, s’acheminerait inévitablement vers un nouveau stade de son évolution.

« Contrôlez votre santé et votre bien être », le transhumanisme quotidien

Puisque la quête d’autonomie sociale et politique n’est plus l’ambition, l’individu biologique et sa capacité à s’adapter à la société, deviennent les principaux enjeux du transhumanisme. Cette idéologie tend à imprégner de plus en plus notre société, notamment parce qu’elle entre en écho avec des valeurs communément admises telles que le culte de la bonne santé, de la performance et du dépassement de soi. Selon Nicolas Le Dévédec, critique du transhumanisme, le projet politique moderne de perfectibilité investit désormais les domaines biomédicaux et technoscientifiques.

Ainsi, le même auteur évoque l’avènement d’un individu « sans cesse complexé dans ses capacités, dépendant aux innovations technoscientifiques, et consommateur de moyens d’optimiser sa condition », n’est-ce pas ce à quoi nous destine, la floraison d’objets connectés sensés monitorer rythme cardiaque, poids, pas et qualité du sommeil ?


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Comment le fait de rester les pieds sur terre n’empêche pas de rechercher un futur techno-progressiste?

Parmi les critiques qui sont régulièrement adressées à la pensée transhumaniste, l’une des plus récurrentes est celle qui consiste à prévoir que l’accès aux technologies sur le développement desquelles elle s’appuie sera principalement réservé à une petite minorité de nantis. Ce véritable apartheid par la technologie conduirait à une rupture dans l’universalité de l’humain et produirait une humanité à deux ou plusieurs vitesses, source de toutes les inégalités et de nouvelles exploitations.

Les tenants d’un « transhumanisme démocratique », ou « techno-progressisme », qui prétendent qu’un accès au plus grand nombre des technologies NBIC est possible, sont quant à eux taxés au mieux d’angélisme [1], de naïveté [2], voire, au pire, de collusion objective avec les intérêts des oligarchies dominantes [3]. En fait, ils serviraient à ces dernières d’alibi, de caution, si ce n’est de cheval de Troie dont l’objectif serait de convaincre des populations rétives à une évolution instinctivement ressentie comme une dérive et comme une tentative de manipulation collective.

Eh bien, je considère que ce dernier risque est réel. Je souhaite vivement attirer l’attention de ceux de mes amis qui se reconnaissent dans le techno-progressisme sur la nécessité d’être guidé par un principe de réalité. Un point commun à la quasi totalité des transhumanistes que je connais est un indéniable enthousiasme technophile. Celui-ci est source de dynamisme, souvent de créativité, d’épanouissement même, et oserais-je dire, parfois de bonheur. Mais il ne doit pas faire oublier que, pour les forces qui sont en présence – masses populaires tout autour de la planète ; ensembles sociaux et culturels ; jusqu’aux oligarchies dominantes, une éventuelle évolution transhumaniste de l’humanité est un enjeu primordial. Pour son contrôle, chacun de ces acteurs va y jeter toute sa puissance.

TOUT EST CHANGÉ, AINSI RIEN NE CHANGE !

En 2006, Jacques Attali publia un essai de prospective : Une brève histoire de l’avenir. Composé en fait d’un large panorama historique, il débouchait sur la perspective d’une évolution en deux phases principales. D’abord un enfoncement jusqu’au paroxysme du système actuel (« l’hyper-empire ») après dissolution des États, puis une renaissance démocratique mondiale. Durant cette évolution, l’une des tendances émergentes de la société serait le transhumanisme.

Réfléchissant aux sources possibles d’un espoir, il pensait en trouver une lueur dans les marges. En dehors des courants aujourd’hui dominants pourraient se préparer conceptuellement les alternatives d’après-demain. Pourtant, un an plus tard à peine, il présidait une commission réunie par N. Sarkozy, dont les travaux préconisaient un renforcement du système : 300 idées pour changer France ? Mystère Attali ou sens marxiste de l’Histoire : faut-il nécessairement aller au bout de l’absurdité d’un système avant que les conditions ne soient réunies pour qu’émerge un autre système ?

L’Histoire nous apprend qu’un système de pouvoir longtemps efficace (l’esclavagisme, la monarchie – surtout absolue, l’oligarchie capitaliste, …) n’a pratiquement aucune capacité à renoncer à lui-même. Au mieux (au pire), il cherche à muer pour s’adapter aux nouvelles donnes, pour se survivre à lui-même. « Tout changer pour que rien ne change », faisait dire Giuseppe di Lampedusa au héros du Gattopardo, vieil aristocrate voyant s’effondrer l’ancien régime. Et l’aristocratie s’est mariée à la bourgeoisie triomphante.

Autre génération, autre énarque. Je suis un admirateur du travail qu’effectue depuis des années Jean-Paul Baquiast (Automates intelligents ; Philosciences ; et bien d‘autres choses écrites [4]). Je lui dois entre autres une interrogation venue de sa thèse sur les sociétés “anthropotechniques” selon laquelle, collectivement, nous sommes encore essentiellement aveugles et irresponsables quant aux décisions que nous prenons. Autrement dit, il n’y a pas de capitaine à la barre du paquebot Humanité, ceci alors que les icebergs ne manquent pas à l’horizon.

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Filons la métaphore. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de direction prise par le navire. Vu du pont, il semble bien qu’il y ait, particulièrement ces trois derniers siècles, une orientation suivie grâce au progrès technologique et … aux Lumières. Est-ce celle d’une accumulation, voire d’une concentration sans cesse plus grande de la richesse et du pouvoir ? Ou bien est-ce celle d’une libération sans cesse plus importante de l’humain, aussi bien du point de vue philosophique que biologique ? Quoi qu’il en soit, aucun pilote unique ne l’a choisi consciemment. Et maintenant, je ne crois pas au “grand complot” des puissants pour à nouveau tout changer en leur faveur. La situation, en un certain sens, est plus angoissante que si des dirigeants menaient vraiment la barque, parce que sur le rafiot Humanité, où différents groupes de marins tirent sur les cordages à hue et à dia, les risques de naufrage sont considérables.

Pourtant, personne ne souhaite se fracasser sur les écueils.

Ces risques gigantesques justifient d’ailleurs à eux seuls une évolution, autant que faire se peut, plus planifiée. S’il n’est pas possible de maîtriser tout ce que chacun, et chaque groupe culturel ou social, fait des progressions technologiques, il peut-être envisageable en échange de le canaliser.

Mais encore une fois, principe de réalité oblige, ne l’oublions pas, face aux idéaux du techno-progressisme – ceux d’un transhumanisme démocratique, pour tous, choisi, progressif, mesuré, respectueux de l’humain dans la transition, respectueux des nécessaires équilibres écologiques et sociaux, etc., se dresse la logique du système de pouvoir en place.

Or, il va de soi que ce système promeut un transhumanisme à son image, depuis les origines de ce mouvement de pensée, pour servir ses desseins. Et le système en question met tout son poids, colossal, pour développer le transhumanisme qui lui sied.

C’est peut-être là quelque chose que Jacques Attali n’avait pas vu venir si tôt. Que le transhumanisme soit immédiatement utilisé par l’Empire. Qu’il soit rapidement sorti de la marge pour être envisagé comme une nouvelle source de pouvoir ou une nouvelle source de contrôle. Nous voyons dés aujourd’hui comment ses premières réalisations sont traduites sous la forme de nouvelles consommations mainstream, de nouvelles armes, ou encore de nouveaux moyens de surveillance [5].

En réalité, chaque progression technologique importante est schématiquement porteuse de deux possibilités: l’acquisition par le plus grand nombre ou l’acquisition réservée à une élite. Et à l’origine des causes sociales, éthiques, psychologiques, etc., complexes à l’extrême, qui déterminent cette alternative, se trouve l’opposition entre la nécessaire solidarité au sein d’une espèce sociale et le désir d’avantages individuels, une contradiction qui traverse chacun d’entre nous. Pendant quasiment toute l’histoire de l’humanité, cette opposition s’est jouée principalement autour d’avantages matériels : de la nourriture à la chaleur, en passant par la sécurité. Puis, ces avantages concrets ont été marqués par des symboles qui eux-mêmes sont devenus des enjeux : titres de noblesse, célébrité, …

Aujourd’hui, pour une partie croissante de la population mondiale, c’est d’abord en fonction des symboles et des perceptions que les choix sont effectués, pour obtenir le prestige matériel, moral, social, psychologique…. alors que l’accès aux biens matériels devient progressivement secondaire parce que les biens de base sont accessibles à beaucoup. L’évolution technologique globale a été marquée ces deux derniers siècles par un accès de plus en plus large aux biens de base et donc, au moins à ce niveau, par une diminution des différences [6] ainsi que, contrairement à ce qui est souvent perçu, par une diminution de l’usage de la violence [7].

Mais malheureusement, cette relative abondance n’a pas ou peu diminué le désir ou le besoin de dominance [8]. Le désir de « tenir le haut du pavé » perdure, même si en 2014, dans les pays du Nord, et même dans la majorité des pays du Sud, sont au moins proportionnellement moins nombreux ceux qui sont encore forcés à marcher au bas de la rue, dans les immondices.

C’est ainsi que se préparerait un nécessaire et inévitable effondrement paroxystique débouchant sur une reconstruction reproduisant dans les grandes lignes les mêmes structures inégalitaires du passé. C’est en tout cas ce que présagent bon nombre de ceux qui s’aventurent à essayer de regarder à travers les brumes de notre avenir à moyen terme [note : au fond, le catastrophisme n’est-il pas un refuge réconfortant ?].

Questionnement pessimiste : « Y a-t-l vraiment quelque chose à faire ? »

PERSPECTIVES D’UN TRANSHUMANISME TECHNO-PROGRESSISTE ?

Alors, que restera-t-il dans la marge pour préparer de véritables alternatives ?

De vieilles lunes sans doute, mais pas seulement. La diffusion libre, massive et gratuite de la connaissance, le partage gratuit et non marchand en général. L’aide de proche à proche, solidaire. Le hacking, sous sa forme d’un détournement inattendu et subversif de ce que produit le rouleau compresseur consumériste. La révolte 2.0 aussi, celle qui, utilisant la vitesse des réseaux numériques, permet de mobiliser en quelques jours un nombre impressionnant de personnes autour d’actions concrètes ou symboliques, prenant au dépourvu et laissant ébahies les élites politiques ou médiatiques. La réappropriation des moyens de production, qui sait ?

Nombreux, aujourd’hui, sont ceux qui rêvent d’une redistribution complète des cartes permise par une vaste diffusion de l’impression 3D. Quelles conséquences économiques et sociales aura la généralisation de cette technique ? Dans une analyse marxiste classique, le contrôle des moyens de production est un facteur essentiel à la structuration sociale. Cela se traduira-t-il par une véritable démocratisation, ou bien le système dominant parviendra-t-il une fois de plus à récupérer le contrôle global en mettant la main sur les principaux leviers : matières premières et surtout algorithmes de conception ?

La robotisation généralisée peut être une source de craintes et une source d’espoir du point de vue de la mobilisation sociale. Conçue par l’oligarchie mondiale, elle peut – grâce à l’organisation du chômage, de la dépendance économique, combinée à la dictature du divertissement – déboucher sur des sociétés où les libertés réelles auront encore reculé. Mais, par la libération d’une grande quantité de temps, elle peut à l’inverse permettre l’épanouissement d’une grande créativité, d’une diversification de nos expériences. Les transhumanistes convaincus ne manqueraient pas d’en profiter pour explorer toutes les voies de l’évolution techno-biologique.

En fait, si l’on prend comme repère la réalité connue, nous pouvons imaginer que ces diverses tendances auront cours en même temps.

Pour finir, je citerai une dernière source de transformations individuelles et sociales beaucoup moins mise en avant jusqu’à présent – sans doute parce qu’elle relève encore essentiellement de la spéculation scientifique et philosophique – c’est celle que l’on désigne sous sa dénomination anglo-saxonne de « moral enhancement ». Une éventuelle « amélioration morale » par la technique ne sera envisageable qu’après des progrès considérables en matière de compréhension de notre fonctionnement cérébral. On pressent déjà les problèmes éthiques, en terme de liberté de conscience, qu’elle posera. Comme toute technique, nous pouvons facilement concevoir qu’elle sera l’enjeu des mêmes rapports de force. Dans un contexte néolibéral et capitaliste par exemple, je pense que la poursuite du profit maximal pousserait facilement à rechercher le plus efficace contrôle des comportements individuels. Le « moral enhancement », utilisé comme un aboutissement idéal de la logique publicitaire, pourrait tendre à un véritable contrôle de la pensée. Cette logique rencontrerait sans doute la faveur des acteurs étatiques tout à leur souci d’ordre et de sécurité. Un tout petit peu d’imagination dystopique nous conduit rapidement à imaginer des scénarios à la 1984.

Pourtant, une utilisation positive d’une telle technique est possible, qui soit utile à tous, libératrice et véritablement progressiste. Une analyse consiste à dire que c’est justement du fait de notre faible évolution morale que nous continuons à perpétuer entre nous les comportements prédateurs qui sont à l’origine de tant de maux. Au fond de nous-mêmes, nous véhiculons sans doute plus ou moins tous des prédispositions à des comportements de dominance, donc éventuellement de l’agressivité, ainsi qu’une incapacité intrinsèque à faire preuve de véritable empathie pour ce qui dépasse le cercle étroit de notre “clan” [8], ce qui peut être issu de notre adaptation darwinienne aux conditions de survie dans le monde d’avant le néolithique. Une atténuation suffisamment bien contrôlée des facteurs biologiques qui jouent un rôle important dans le développement de nos attitudes les plus négatives pourrait nous permettre de sortir de ce cycle apparemment sans fin : accumulation paroxystique du pouvoir, brutales remises en question, perpétuelle reconstitution.

Un membre de Technologos, association généralement très critique vis-à-vis de ce qu’ils considèrent comme une « fuite en avant » technologique, me faisait récemment remarquer que les transhumanistes ne se rendaient pas bien compte, à son avis, du rôle idéologique considérable qu’ils avaient commencé et qu’ils allaient être encore amenés à jouer.

L’enjeu me paraît en effet énorme. A priori, les plus pauvres et les plus faibles peuvent pressentir que leur espoir de sortir de l’affrontement en ayant gagné quelque chose est maigre. La puissance des multinationales milliardaires des NBIC alliée à celle des gouvernements peut paraître impossible à arrêter. Pourtant, je ne vois guère d’autre alternative. Il faut poursuivre ce combat si nous voulons qu’à travers l’évolution trans-humaniste à venir, soit préservé l’essentiel de notre humanité.

Plutôt que d’être prisonniers d’un principe de réalité indépassable, il s’agit dès à présent de construire une autre réalité.

Marc Roux

Pour l’AFT:Technoprog

(Merci à Didier Coeurnelle et Cyril Gazengel, entre autres, pour leur collaboration)

Notes :

[1] Jean-Didier Vincent, Bienvenue en transhumanie, 2011

[2] Jean-Michel Besnier, dans le cadre d’une débat sur Newsring : « Faut-il condamner le transhumanisme ? »

[3] C’est notamment la position de l’association Pièce et Main d’Oeuvre.

[4] Jean-Paul Baquiast, Pour un principe matérialiste fort, Éd. JP.Bayol.

[5] Malgré le scandale international provoqué par les révélations de E. Snowden, l’administration Obama n’envisage qu’une réforme à la marge de la NSA …

[6] Rapport du PNUD sur le développement humain 2011

[7] Steven Pinker, The Better Angels of Our Nature, 2011

[8] Le besoin de “dominance” a notamment été théorisé par Henri Laborit qui disait : <>.

[8] Ingmar Persson And Julian Savulescu, Unfit for the Future: The Need for Moral Enhancement, 2012


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LE progrès technologique continue irrésistiblement sa marche en avant. mais pour qu’il soit efficace et assimilé par l’ensemble de la population il faut d’abord éradiquer tous les conservatismes venant des traditions et des religions.

C’est la période que nous vivons aujourd’hui avec notamment la théorie du genre enseignée aujourd’hui dès l’école maternelle pour amener la nouvelle génération à ne plus faire de différences entre ce qui est naturel et ce qui ne l’est pas. Étape indispensable pour nous mener tout droit à une nouvelle étape de notre évolution: le transhumanisme. Que vous le vouliez ou pas.

Qu’est-ce que le transhumanisme?

Si on en croit cette définition le transhumanisme c’est:
« Le transhumanisme est un courant d’idées qui prône l’utilisation de la science et de la technologie pour améliorer l’espèce humaine, la libérer de ses limites biologiques, prolonger sa vie et la rendre immortelle. Selon les transhumanistes, l’homme peut et doit se transformer en utilisant les innovations scientifiques et technologiques : c’est le concept d’ »homme augmenté ».
Si l’on veut simplifier on peut dire que c’est l’étape de l’évolution où l’être humain la prend directement en main sans passer par l’intermédiaire d’un « Dieu » ou sans laisser faire l’évolution naturelle. Cette étape de l’évolution humaine n’est pas aussi lointaine qu’on pourrait le penser et la période philosophique que nous vivons aujourd’hui est faite pour nous préparer psychologiquement à cette évolution.
Voir dans la vidéo suivante ce qu’il en est réellement de la construction de l’humain « transhumaniste » par l’étude génétique mais aussi par l’étude du cerveau et la mise en puces de ses qualités sensitives et sensorielles. Augmenter les capacités du cerveau humain par l’ajout de micropuces, guérir de maladies en injectant des nano-robots pour nettoyer le corps ou greffer des outils technologiques bioniques pour augmenter notre capacité physique sont des exemples de ce que nous prépare le transhumanisme.
Commencer par abattre les piliers de notre construction en tant qu’être humain que sont la famille, l’éducation et la religion pour laisser la place et toute la place au progrès scientifique qui sera le seul juge de la qualité de notre évolution.
On comprend donc bien pourquoi la religion est constamment attaquée puisqu’il faudra que l’humanité s’en défasse pour que celle-ci accepte cette évolution de l’humanité. Que ce soit par la force ou par la contrainte. La nouvelle religion du nouvel ordre mondial futur sera toute entière tournée vers l’humain augmenté qui sera célébré comme étant son propre Dieu. Un Dieu qu’il faut donc constamment améliorer et cela par la technologie. C’est cette ère de la toute puissance technologique que nous annonce la fondation Rockefeller tout en la mettant en corrélation avec la gouvernance mondiale qui sera donc elle aussi technologique. Celle-ci pour advenir aura besoin de toujours plus de catastrophes « naturelles » étant donné qu’il ne semble pas dans la nature des hommes que d’abandonner son identité. De nouvelles philosophies ou religions basés sur l’exaltation de l’individualité et de sa réussite matérielle vont émerger dans notre environnement philosophique et intellectuel.
La théorie du genre enseignée aujourd’hui dans nos écoles a pour objet de faire prendre conscience très tôt aux humains qu’il sont d’abord des objets sexuels qui ont des désirs à satisfaire et que rien n’est interdit en ce domaine. C’est l’idée de la satisfaction des plaisirs, de tous les plaisirs, pour atteindre le bonheur suprême. Un bonheur individualiste magnifié qui ne devra rien à la « collectivité » qui est désignée comme étant une barrière pour atteindre l »illumination » extatique du bonheur.

Sean Young "blade runner"

Sean Young “blade runner”

C’est ainsi que l’on soumet aux USA les enfants dès le plus jeune âge à l’acceptation de la puce RFID pour les formater au futur tout technologique.
Le transhumanisme est la victoire de la science technologique sur la Nature mais qui prospérera inexorablement avec l’idée que l’humain doit s’adapter à son temps et ne pas refuser le progrès pour lui-même. Comment accepter qu’ils naissent des bébés génétiquement malades alors que l’on sait quel gène changer? Comment accepter qu’on ne fasse rien pour redonner la vue à un aveugle grâce à l’ajout d’une lentille connectée au réseau sensoriel? Comment refuser une main bionique pour remplacer la perte de l’ancienne? d’autant plus si à cette main bionique on y ajoute la sensation du toucher inhérent à l’être humain.
Le transhumanisme a pour objet de vous transformer en un corps technologique avec des capacités augmentées mais aussi avec des capacités de contrôle par le gouvernement mondial augmentées, c’est cela le véritable objectif du nouvel ordre mondial en devenir.
On voudra à tout prix vous implanter des puces dans votre corps pour que l’on puisse vous identifier rapidement et connaître tout de vous jusqu’à votre capacité de réflexion, votre résistance à l’émotivité etc…Il faut tout savoir de vous pour déterminer jusqu’où on peut vous manipuler, et surtout ne pas laisser de zones d’ombre concernant votre personnalité. On veut savoir tout de vous.
L’étape suivante du transhumanisme sera sans nulle doute le cyborg humain cloné sur un seul et même modèle, fiable et capable d’évoluer partout dans l’univers. Faire de nous des surhumains…Non je me trompe. Pas nous, eux!
Car évidemment ce qu’on ne vous dit pas c’est que ses nouvelles capacités technologiques qui créeront des surhommes ne seront pas accessibles à l’ensemble de l’humanité. Vous croyez vraiment que le pauvre hère en Inde ou en Afrique qui perd un bras ou une jambe se verra greffé un membre bionique comme cela? Cela a un coût financier qu’ils ne prendront pas bien évidemment.
Le transhumanisme est donc l’étape qu’ils sont en train de préparer pour eux. Qui? ceux qui seront aux commandes de la future dictature mondiale et qui seront protégés et soutenus par une armée d’humains augmentés et de cyborgs ainsi que de robots. Nous nous serons réduits à l’esclavage dans le meilleur des cas. Imaginez une armée de robots faisant face à la manif pour tous composée d’humains?

TECHNOCALYPS . Le transhumanisme. VOSTFR par hussardelamort
Toute la société dite « moderne » est tournée donc vers la réalisation de ce grand projet qui pourra clairement donner à l’humain les capacités à l’immortalité puisqu’un corps une fois vieilli pourra être changé. La greffe de la tête sur un corps est dans les tuyaux. Il faut donc comprendre que cette évolution du tout technologique est inexorable et que nous allons devoir y faire face. Faut-il accepter cette évolution? Faut-il s’en remettre à Dieu ou à la Nature selon nos sensibilités? Que sera l’être humain dans 100 ans? Un cyborg pour le mieux, un robot pour le pire. Qu’en sera-t-il alors de notre âme et de notre « divinité » c’est bien la question essentielle qui se pose puisque cette évolution tout technologique entend la modifier, la créer, la dominer à sa guise. Nous sommes donc vraiment en train de vivre la fin des temps de l’humanité si les choses restent en l’état.

Transhumanisme, Google & DARPA : Avalerez-vous… par Guilux04


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De nouvelles technologies visent à modifier la manière dont l’homme, son corps et son cerveau fonctionneront et interagiront avec leur environnement. Elles participent de ce qu’on appelle désormais l’ « augmentation de l’homme » par l’informatique et la techno-médecine.

Par petites touches, elles modifient peu à peu des données essentielles de notre vie, comme le vieillissement, l’intelligence, la procréation. Des « technoprophètes », qui ne sont pas tous des illuminés, rêvent même l’avènement d’une nouvelle humanité. Grandes et petites questions éthiques se posent devant un phénomène qui ne relève plus seulement de la science-fiction.
Comment, parmi les technologies de rupture qui font parler d’elles aujourd’hui, identifier celles qui changeront vraiment le monde en profondeur ? Le cabinet de conseil en stratégie McKinsey s’est livré à l’exercice courant 2013 en privilégiant dans un rapport les technologies dont l’impact économique est le plus facilement mesurable. Les douze technologies retenues pourraient, si elles sont bien diffusées, créer chaque année, dès 2025, une valeur mondiale combinée de plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars. Au sein de ce hit parade, trois retiennent plus particulièrement l’attention.

Les technologies de l’homme augmenté

En premier lieu, l’automation du travail intellectuel : des logiciels de plus en plus sophistiqués seront capables d’intégrer des capacités d’analyse étendues, des jugements subtils et des solutions innovantes pour répondre aux problèmes posés par les utilisateurs, ce qui fera de la machine « apprenante » un interlocuteur à haute valeur ajoutée, capable de répondre à des requêtes d’information effectuées en langage ordinaire (« non structuré »). Ultimement, cela devrait permettre à la fois une hausse de la productivité des travailleurs les plus qualifiés, une fiabilisation de la prise de décision et l’automation des emplois intellectuels de base.

Ensuite, les robots de nouvelle génération. Longtemps tenus à l’écart dans les usines à cause de leur dangerosité, ils seront de plus en plus mélangés aux hommes sur les chaînes de production. Équipés de capteurs, capables d’interagir entre eux et de s’auto-perfectionner, ils effectueront des tâches de plus en plus complexes et devraient même remplacer les salariés dans les emplois de production mais aussi de service. Dans les hôpitaux, les robots dotés d’une vision haute définition et d’un logiciel de reconnaissance d’image pourront positionner précisément les objets pour les opérations délicates. Les chirurgiens seront assistés par des systèmes miniatures de chirurgie robotique, réduisant à la fois la durée des procédures, leur caractère invasif et le temps de récupération du patient. Les personnes souffrant de paralysie après un traumatisme médullaire pourraient remarcher grâce à un exosquelette robotisé directement connecté au système nerveux.

Quant à la génomique avancée, elle combine les progrès dans la science du séquençage et la modification du matériel génétique avec les dernières avancées en matière d’analyse de données (« Big data »). En 2013, un génome humain peut être séquencé en quelques heures et pour quelques milliers d’euros, ce qui constitue l’aboutissement d’un projet (Human Genome Project) qui a duré 13 ans et coûté 2,7 milliards de dollars. Avec le séquençage rapide et les nouvelles puissances de calcul, les médecins pourront tester systématiquement l’impact des différences génétiques sur les maladies, y compris dans les diagnostics de routine, afin de concevoir des traitements sur mesure pour les patients.
La prochaine étape, c’est la biologie de synthèse, c’est-à-dire la possibilité de fabriquer des organismes en écrivant leur ADN. Ces avancées dans la puissance et la disponibilité de la génétique pourraient avoir un impact profond sur la médecine, l’agriculture et même la production de substances à haute valeur ajoutée tels que les biocarburants, et accélérer le processus de découverte de nouveaux médicaments.

Ces trois technologies appartiennent à une famille qui fait beaucoup parler d’elle. Son nom : NBIC, pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives.

L’ingénierie de l’esprit

Pour ses promoteurs, c’est la convergence de ces quatre approches qui peut apporter des progrès scientifiques majeurs dans la connaissance de l’homme et de son organe majeur, le cerveau. Dès 2002, la National Science Foundation (NSF) de Washington et le département américain du Commerce publiaient conjointement un rapport retentissant sous le titre : « Technologies convergentes pour l’amélioration de la performance humaine ». Il contenait une profession de foi vigoureuse : « l’ingénierie de l’esprit est une entreprise qui se révélera au moins aussi techniquement difficile que les programmes Apollo ou Génome humain. Nous sommes convaincus que les avantages pour l’humanité seront équivalents, sinon supérieurs. La compréhension de la manière dont fonctionnent l’esprit et le cerveau apportera des avancées majeures en psychologie, en neurosciences et en sciences de l’éducation ».

La NSF, qui est la plus influente des agences scientifiques fédérales, ajoutait : « Une théorie computationnelle de l’esprit peut nous permettre de développer de nouveaux outils pour guérir ou maîtriser les effets des maladies mentales. Elle sera certainement à même de nous fournir une appréciation plus profonde de ce que nous sommes et sur la place que bous occupons dans l’univers. Comprendre l’esprit et le cerveau nous permettra de créer une nouvelle espèce de machines intelligentes, capable de produire une richesse économique sur une échelle jusqu’alors inimaginable. L’ingénierie de l’esprit est donc beaucoup plus que la poursuite d’une curiosité scientifique, beaucoup plus qu’un monumental défi technologique. C’est l’occasion d’éradiquer la pauvreté et d’ouvrir un âge d’or pour l’humanité tout entière ».

L’aspect quelque peu messianique de ce passage peut frapper, et il faut savoir que le concept même de NBIC a été critiqué. On lui reproche notamment d’être avant tout un concept marketing, forgé de toutes pièces par les promoteurs américains des nanotechnologies et des biotechs afin de décrocher des crédits publics, mais qui ne repose sur aucune réalité scientifique. Dans les faits, entre les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives on peut certainement repérer des convergences deux à deux (par exemple entre les sciences de l’information et les nanotechnologies), mais rien qui soit à l’intersection des quatre domaines considérés. Au Japon, pays qui a énormément investi sur ces différentes technologies, le concept n’existe pas !

Améliorer l’espèce humaine ?

L’élan donné par la NSF est venu conforter le transhumanisme, un courant de pensée, pour l’instant très américain, où se croisent « technoprophètes », chercheurs ayant pignon sur rue et grands dirigeants d’entreprises dans les secteurs de haute technologie, à l’image de l’informaticien Ray Kurzweil, le directeur de l’ingénierie de Google. En 1999, la Déclaration de l’Association transhumaniste mondiale contenait deux articles très révélateurs :

1- Les transhumanistes prônent le droit moral, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie. Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles.

2- Nous prônons une large liberté de choix quant aux possibilités d’améliorations individuelles. Celles-ci comprennent les techniques afin d’améliorer la mémoire, la concentration et l’énergie mentale ; les thérapies permettant d’augmenter la durée de vie, ou d’influencer la reproduction ; la cryoconservation, et beaucoup d’autres techniques de modification et d’augmentation de l’espèce humaine.

Leur objectif de long terme : à l’aide des technologies, améliorer l’espèce humaine. D’abord réparer l’homme et le libérer de ses vulnérabilités biologiques, puis augmenter ses capacités, notamment cérébrales, pour en faire un homme beaucoup plus puissant ; enfin, enrayer le phénomène de vieillissement. N’est-ce pas l’ambition affichée de Calico, l’entreprise lancée à l’automne 2013 par Google ?

Dans son rapport de 2012, « Global Trends 2030 », le National Intelligence Council (NIC), un organisme qui coiffe les seize agences de renseignement américaines, insistait lui aussi sur ces technologies de la transformation transhumaniste. Il évoque les psychostimulants permettant aux militaires de rester efficaces plus longtemps au combat, les implants rétiniens permettant de voir la nuit et dans les spectres non visibles par les humains traditionnels, ainsi que les neuromédicaments décuplant l’attention, la vitesse de raisonnement et la mémoire.

Les transhumanistes attendent aussi beaucoup des grands projets actuels sur le cerveau. Reconstituer la complexité d’un cerveau humain et de ses quelque 100 milliards de cellules avec leurs connexions, c’est le but poursuivi à la fois par le projet Human Cognome aux États-Unis et par le projet Blue Brain en Suisse. En attendant un hypothétique « uploading », c’est-à-dire le transfert du contenu d’un cerveau humain sur un ordinateur, sa dématérialisation dans le « cloud » ou sa réimplantation sur un robot.

Google, l’un des acteurs les plus impliqués dans les projets d’humanité augmentée, est partie prenante d’un projet encore plus inquiétant : l’université de la singularité. La « singularité » est un concept selon lequel, à partir d’un certain moment de son évolution technologique, la civilisation humaine connaîtra une croissance technologique d’un ordre supérieur. L’ « Ecole de la Singularité » annonce même l’avènement vers 2060 d’une intelligence supérieure à l’intelligence humaine ! Larry Page, fondateur de Google, ainsi que différentes figures liées à la firme, ont même lancé une Université de la Singularité, destinée à dynamiser, faire converger et diffuser les différents travaux de recherche qui permettraient d’atteindre ce but.

SingularityUni

Ces projets grandioses aux postulats scientifiques souvent discutables, mais exploités avec bonheur par les auteurs de science-fiction, posent des questions morales fondamentales. Avons-nous le droit de modifier l’espèce ? Que devient l’homme, l’idée même d’humanité, dans cette vision d’un futur habité de surhommes qui n’est pas sans évoquer les pires heures du XXe siècle, quand les totalitarismes se mirent en tête de créer « l’homme nouveau », et pour ce faire massacrèrent à tout va. Car dans ce monde de surhommes, que deviennent les hommes, ceux qui resteront en arrière ?

Vastes questions. Si vastes qu’elles semblent presque irréelles. Et elles auraient presque tendance à nous faire oublier que le transhumanisme est déjà une réalité, une construction dynamique par petites étapes, plus modestes mais bien réelles, dans l’« augmentation » de l’homme. Et que pour chacune de ces étapes, les mêmes questions se posent : comment l’éthique devra-t-elle et pourra-t-elle encadrer l’avancée ? Comment y adapter le système de santé pour respecter à la fois l’exigence de bio-équité et l’équilibre des finances publiques ?

Questions éthiques

Le diagnostic pré-implantatoire fournit un exemple édifiant. Il est possible, depuis décembre 2010 et les découvertes du Dr Dennis Lo de la Chinese University de Hong-Kong, de réaliser un diagnostic génomique complet d’un embryon de trois mois à partir de ce qu’on appelle les « cellules circulantes » de la mère, celles en provenance du fœtus et que l’on recueille sur la mère par simple prise de sang. Un algorithme, actionné par un ordinateur très puissant, permet ensuite de différencier les séquences du futur bébé de celles de sa mère. Des milliers de maladies génétiques pourront donc être dépistées sans faire courir aucun risque ni à la mère (plus d’amniocentèse) ni à l’enfant. L’étape suivante de cette « quête de l’enfant parfait », c’est l’implantation de gènes sur demande. Depuis 2009, on sait remplacer les mitochondries (micro-usines produisant les protéines de la cellule) d’une cellule souche de primates. Dès que la chose sera possible sur l’homme, une fécondation in vitro permettra d’optimiser, à la carte, le patrimoine génétique d’un embryon. Cette modification génétique sera transmissible aux générations successives. Tout cela pose évidemment de graves problèmes éthiques, et plusieurs interrogations surgissent spontanément qui concernent la définition même de notre espèce. Par exemple, si la fécondation in vitro offre ces options high tech, quel est l’avenir de la procréation naturelle ? Quelles conséquences l’élimination des imperfections aura-t-elle sur la biodiversité humaine ? Autrement dit, la standardisation génétique de l’humanité est-elle un risque systémique ?

En introduisant la génomique dans la culture collective, explique le chirurgien français Laurent Alexandre dans son livre La Mort de la mort, la révolution NBIC bouleverse le calendrier de l’identification des risques. La progression du diagnostic génétique va donc poser rapidement un épineux problème de politique publique. Chacun connaîtra ses risques et les usagers les moins menacés demanderont un allègement de leurs cotisations d’assurance maladie. Le principe de solidarité, qui fonde la sécurité sociale dans la plupart des pays, est en danger. Si on connaît d’avance, avec certitude, celui qui coûtera le plus cher à la société, c’est-à-dire si on libéralise l’accès de chacun à son ADN (pour quelques centaines d’euros), les porteurs de « mauvais gênes » pourront ils encore s’assurer, trouver des mutuelles ? Puisqu’il est impossible de bloquer l’accès à cette information, chaque pays va devoir réinventer sa politique de santé et les mécanismes d’assurance sur lesquelles celle-ci est adossée.

Autre impact économique de la génomique : à très long terme, avec l’élimination, par sélection génétique, de certaines maladies, il est possible d’espérer une baisse des dépenses de santé. Mais dans les premières décennies de sa diffusion, c’est le contraire qui peut se produire : les dépenses de géno-santé, poursuit Laurent Alexandre, vont augmenter pour les embryons, les enfants et les jeunes adultes, alors que traditionnellement, 70 % des coûts sont générés par 10 % de la population atteinte par les pathologies du vieillissement. Le système devra affronter pendant quelques générations le double poids des jeunes et de la fin de vie. L’équilibre budgétaire s’en trouvera gravement perturbé.

Ce n’est pas un hasard si certains adversaires du transhumanisme, dont le plus actif reste l’historien Francis Fukuyama, auteur de La Fin de l’homme, reprochent à ce mouvement de promouvoir une forme supérieure de l‘inégalité, celle qui règnerait entre hommes naturels et hommes augmentés. Pour Fukuyama, postuler la possibilité d’une transformation de la condition humaine par les technologies pousse à l’extrême l’utopisme technicien hérité de Francis Bacon.

Mais la société utopique qui serait issue de la révolution transhumaniste peut être critiquée de bien d’autres manières. Pour les universitaires français Alain Marciano et Bernard Tourrès, le transhumanisme ouvre sur un contractualisme généralisé où la société peut exister sans « bien commun », sans « vivre ensemble » autre que la juxtaposition des individus « libres », délivrés de tout devoir de solidarité. Cela touche à l’idée même de démocratie telle qu’elle s’est développée historiquement, mais aussi à un rapport à l’autre plus immédiat , celui qui s’exprime dans le couple, la famille, la sexualité. La question de la procréation, en particulier, est troublante, car elle engage avec elle celle de la différence des sexes, de la parentalité, et au-delà de l’identité de la personne humaine. L’utopie technicienne gomme en quelque sorte cette dimension. Le philosophe Jean-Claude Guillebaud repère ainsi dans le transhumanisme une forme d’immaturité militante, marquée par la haine du corps, de ses infirmités et de ses souffrances, de ses imperfections – une haine, en somme, de ce qui fait l’homme. Le transhumanisme – faut-il le dire ? – n’est pas un humanisme.


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L’Internet des objets est une avancée conséquente pour les NTIC, et son couplage avec les NBIC en fait sans doute l’invention du millénaire. Par conséquent, l’Internet du vivant correspond à la vision futuriste des écrivains, cinéastes qui entrevoyaient le futur par le biais du « commandement des machines » et de l’humain augmenté.

Sans toutefois croire que cela est accessible dès aujourd’hui, nous en sommes tout de même aux portes. Les réactions du public peuvent être assez binaires en fonction de la facture numérique portant sur la capacité des hommes à l’exploiter. En somme, si l’on en comprend les tenants et les aboutissements, la technologie « tranhumaniste » peut être comprise comme une avancée pharaonique, notamment en termes de santé publique (lutte contre le cancer). Si l’on ne maîtrise pas le sujet, cela pourrait très rapidement engendrer une réaction épidermique malsaine où la société se soulèverait contre un nouveau « big brother ».

Le couplage des neurosciences, de la biotechnologie, de l’informatique et des nanotechnologies nous laissent entrevoir un futur « ultra-optimiste », où nous pourrions repousser les limites du raisonnable et accéder au plus grand fantasme de l’homme : l’immortalité.

Logiquement, le terme de déontologie vient à l’esprit. Comme énoncé dans un des articles en lien, il ne faut pas que cela engendre d’autres factures numériques, notamment l’accès à ces technologies de transhumanisme. On imagine alors facilement quelles discriminations pourraient émerger, en fonction des micro-processeurs implantés chez un humain ou non. Comme rappelé à juste titre, il est important que chaque individu puisse décider lui-même s’il souhaite en bénéficier ou non. Le cas échant, la société ne devra pas mettre à l’écart les personnes réfractaires à ces technologies (et ils sont nombreux !).

Toujours en termes de déontologie, nous pouvons aussi nous poser la question de la « durabilité » de l’homme et de ce que nous pourrions appeler, l’obsolescence programmée de l’homme. Nous savons que notre impact écologique sur la planète est catastrophique, « la planète nous le rappelle régulièrement », alors pourquoi vouloir à tout prix allonger nos notre durée de vie et augmenter de façon exponentielle le nombre d’être humain sur la planète ? Si le lobby transhumaniste est financé par Google, lui-même fer de lance du département du commerce américain, nous devons agir par priorités :

Chaque nation doit être autonome dans sa conception du matériel.
Chaque Etat doit pouvoir réguler l’utilisation de ces micro-processeurs « pour humain ».
Leur utilisation doit être confidentielle et non traçable (non géolocalisable).
Malheureusement nous en sommes encore très loin. Ne serait-ce que vis-à-vis de la gouvernance d’Internet, nous sommes à des années lumières de pouvoir assurer notre indépendance et le respect de la vie privée des utilisateurs (si tant est que les Etats le souhaitent !). Imaginer alors un monde où chaque être humain possède un puce RFID traçable, transmettant au passage toutes les informations sur sa santé, me parait être le pire scénario envisageable. Et faire marche arrière serait strictement impossible. Tout serait possible : les banques détaillant nos carnets de santé avant d’ouvrir un compte (nous nous en approchons à grands pas), nos itinéraires quotidiens référencés et en quasi libre accès (nous y sommes !), jusqu’au contrôle intégral de l’homme par des neuro-processeurs conditionnant sa réflexion.

Dans cette course à l’infiniment petit et puissant, il ne faut pas égarer nos valeurs les plus fondamentales. Il faut agir avec précaution, tout en informant le grand public de façon pédagogique. En conclusion, les Etats se doivent de récupérer leur souveraineté (tout du moins au sein de l’UE) afin de contrôler de manière efficiente les avancées de ces technologies. Donner libre champ aux entreprises privées conduirait immanquablement à une surveillance globale de l’espèce humaine.


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Voyage dans l’univers du transhumanisme. Après vous avoir présenté ce mouvement qui entrevoit un futur où l’être humain pourra améliorer ses performances, voici venu le moment de vous prouver que le transhumanisme n’est pas qu’une philosophie, mais est aussi (déjà) une réalité.

Car les transhumanistes s’appuient davantage sur les avancées techniques, que sur la science-fiction. Au premier plan, les progrès de la science liés à la médecine. Parce qu’avant d’imaginer un Homme augmenté, les scientifiques, les chercheurs, se concentrent d’abord sur ceux qui ont besoin d’être “réparés”…

Pour faire simple, aujourd’hui déjà, grâce aux NBIC, l’Homme peut être “réparé”, comme n’importe quelle machine. Un organe malade ou amputé peut être remplacé. Un aveugle peut recouvrer la vue grâce à un oeil bionique, un sourd l’ouïe grâce à un implant. Les possibilités semblent sans limite, et bientôt, pensent les transhumanistes, l’Homme réussira à vaincre les maladies. Il corrigera ses “défaillances” physiques, réparera les erreurs de Dame Nature. Et il pourra alors “vieillir en pleine jeunesse”, jusqu’à devenir quasiment immortel.

L’homme bionique

Vous avez sûrement gardé en tête les images du film Robocop, ou encore de la série L’homme qui valait 3 milliards, ces histoires d’humains “abîmés” qui sont réparés grâce à un dispositif mécanique. Et bien la réalité a rattrapé la fiction. Prothèses intelligentes, implants cochléaires, pacemakers : les cyborgs sont déjà parmi nous.

Depuis une vingtaine d’années, dans les pas des prothèses “intelligentes” conçues par l’armée américaine à destination de ses soldats blessés et amputés, les chercheurs en biotechnologie rivalisent de projets. Les bras en cire inertes sont de l’histoire ancienne : désormais, les personnes amputées portent des membres bioniques, munis d’électrodes, qui peuvent être animés par la pensée.
Les exemples ne manquent pas. En 2005, l’américain Jesse Sullivan, qui a perdu ses deux bras à la suite d’une électrocution, teste une prothèse de bras bionique, contrôlée par la pensée. Grâce à elle, il peut accomplir de nombreux gestes de la vie quotidienne, comme saisir un verre d’eau. Mieux encore : il peut faire tourner son poignet à 360 degrés !

Point de mystère : c’est de la science. Les ingénieurs en biomécanique de l’Université Northwestern et du Centre pour la médecine bionique (CBM) de Chicago, à l’origine du bras bionique, ont simplement “connecté” la prothèse au cerveau, à l’aide d’électrodes placés au niveau des terminaisons nerveuses du membre disparu. Le “signal” émis par le cerveau étant transmis des nerfs à un micro-ordinateur, situé dans le bras bionique.

Très prochainement, l’italien Pierpaolo Petruzziello, lui, va bénéficier d’une main… robotique. Là encore, contrôlable par l’esprit. Connectée au système nerveux par des fils et des électrodes implantés dans les nerfs, la main bionique lui permettra de saisir des objets, mais aussi… de sentir les objets tenus.

Lève-toi et marche

Mais le progrès n’a pas fini de vous surprendre. Bientôt, des prothèses et des implants devraient carrément permettre aux paralysés de remarcher.

A la manière de Claire Lomas, une anglaise paralysée à la suite d’un accident de cheval, qui a parcouru plus de 40 km à pied lors du marathon de Londres en 2012, grâce à des jambes bioniques. Seul souci : pour l’heure, cet équipement reste difficile à utiliser, et Claire Lomas a dû utiliser des béquilles en complément.

En Allemagne, un exosquelette robotique, HAL (Hybrid Assisted Limb), a reçu le certificat CE, début août. Conçu par la firme japonaise Cyberdyne, il devrait donc être produit et commercialisé en Europe d’ici quelques années. HAL se porte comme une combinaison, et utilise les signaux émis par le cerveau de son porteur.

Miguel Nicolelis, scientifique à la Duke University, à Durham, essaie d’aller plus loin, en rendant aux paralysés la sensation de la marche. Il conçoit actuellement une prothèse “intégrale”. Épousant la forme du corps, cette “combinaison exosquelette” devrait permettre aux personnes paralysées de remarcher et de ressentir des sensations, en acheminant directement dans leur cerveau des signaux électriques. Le scientifique brésilien a effectué des tests sur des singes, avec succès. Son projet, à moyen terme : faire remarcher un jeune quadriplégique, pour inaugurer la Coupe du Monde 2014, au Brésil.

Stimuler le cerveau

Les chercheurs et les scientifiques ne se contentent pas de “réparer” notre corps. Ils essaient aussi d’agir sur notre cerveau, de le “stimuler”, d’activer ou d’inhiber certaines de ses zones.

Un moyen de faire disparaître certains symptômes d’une maladie, comme les tremblements de la maladie de Parkinson. Actuellement, plus de 40 000 malades atteints de la maladie de Parkinson portent des implants, qui stimulent “en profondeur” leur matière grise. Des électrodes sont implantés dans le cerveau, qui est alors stimulé via les ondes électriques émises.

En France, au CHU de Grenoble, des chercheurs ont étendu leurs recherches à d’autres pathologies, comme l’épilepsie ou les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Grâce à leur stimulateur cérébral, les troubles d’un patient peuvent être inhibés, jusqu’à disparaître.

Ce système, cette interface homme-machine, testé à grande échelle depuis 2012 dans un centre de recherche biomédicale de Grenoble, pourrait, à terme, nous permettre de soigner la dépression, les maladies cérébrales ou neuro-dégénératives. Et pourquoi pas, de réduire la sensation de faim, de soif, de fatigue...

L’interface cerveau-machine

Mais “connecter” le cerveau permet d’aller encore plus loin. Le système BrainGate transforme ainsi les tétraplégiques en chevaliers Jedi, en leur permettant de contrôler, à distance, des objets.

Une puce, implantée dans le cerveau, convertit l’intention de l’utilisateur en commandes informatiques, destinées à un ordinateur. Ainsi, la personne handicapée peut-elle déplacer des objets par la pensée, allumer la lumière, surfer sur Internet ou zapper sur sa télé.
Bientôt, une interface cérébrale non invasive (sans implant, juste en apposant des électrodes sur le cuir chevelu), devrait permettre à un handicapé de bouger son fauteuil roulant de lui-même… par la pensée. Avant la sortie de la “prothèse intégrale” de Miguel Nicolelis (voir plus haut), ou de “Mindwalker”, un autre exosquelette commandé par l’esprit, destiné aux paraplégiques et prévu pour 2018…

L’aventure intérieure

Le transhumanisme porte aussi une grande foi dans les nanotechnologies. Grâce aux progrès de l’infiniment petit, nous devrions pouvoir faire entrer dans notre corps des robots (des “nanorobots”) et de petites capsules (des “nanomédicaments”).

Que feront donc ces minuscules “robots”, lors de leur “aventure intérieure” ? Ils feront l’analyse de notre état de santé, ou réaliseront de petites opérations, dans des zones de notre corps difficiles d’accès.
Concrètement, à Zurich, des chercheurs conçoivent certains de ces robots microscopiques, qui se déplacent grâce à des électroaimants, et qui sont destinés à pratiquer de petites opérations, à l’aide d’une minuscule aiguille. Selon Mashable, la technologie n’est pas encore opérationnelle, mais des tests (réussis) ont déjà été menés dans l’oeil d’un patient. A terme, les nanorobots devraient permettre, entre autre, de réparer la cornée d’un malvoyant.

En parallèle, les projets de “nanomédicaments” se développent tant bien que mal. Aux Etats-Unis, des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) conçoivent une “insuline intelligente”, autrement dit, une pilule intelligente, qui délivre aux diabétiques la bonne dose d’insuline, au bon moment. De son côté, en France, le chercheur Patrick Couvreur a inventé en 2013 des “nanocapsules”, dans lesquelles sont enfermées des médicaments, et qui sont envoyées vers une “cible” précise, afin de lutter contre le cancer.

Recouvrer ses sens

La science devrait aussi permettre à ceux qui ont perdu l’un de leurs 5 sens, de le recouvrer.

Fruit de 20 ans de recherche, Argus II, l’oeil bionique conçu par le laboratoire Second Sight, est actuellement en cours de test. Cette rétine artificielle se compose d’une paire de lunettes qui enregistre l’image, et d’électrodes implantés sur la rétine, qui reçoivent l’information visuelle par impulsions électriques.
Pour les sourds et malentendants, cela fait déjà vingt ans que l’implant cochléaire existe. Porté par plus de 200 000 personnes à travers le monde, cet implant est divisé en deux : un microphone placé derrière l’oreille, et des électrodes implantés sous la peau. Grâce à ce système, un sourd, même de naissance, pourra recouvrer l’ouïe.

De la réparation à l’amélioration ?

Selon le biologiste français Serge Picaud, qui conçoit, à l’Institut de la vision à Paris, la rétine artificielle qui succèdera à Argus II, et rendra (presque) la vue aux aveugles, “les interfaces homme-machine feront partie du quotidien d’ici une dizaine d’années”. Et les prix de toutes ces prothèses, implants et exosquelettes, très élevés actuellement (plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros), devraient diminuer, avec leur généralisation.

Mais, à quand l’utilisation de ces interfaces pour non plus réparer l’Homme, mais l’améliorer ? La plupart des transhumanistes imaginent un avenir où tout le monde pourra s’offrir une super-vue, une super-ouïe, des bras ou des jambes bioniques. C’est aussi ce qu’imagine le dernier jeu vidéo du moment, Deus Ex : Human Revolution.
Irons-nous jusqu’à pratiquer, sous la pression sociale, l’amputation volontaire ? “Des centaines de milliers de personnes n’ont pas hésité à procéder à des opérations de chirurgie esthétique, modifiant durablement certaines parties de leur corps, sur la base de critères esthétiques fortement subjectifs. Pourquoi les gens rechigneraient-ils à faire de même avec des modifications qui augmenteraient leur confort, leur force, leur résistance à l’effort, leurs aptitudes ou capacités sensorielles ?”, s’interroge Cyril Fiévet, journaliste et spécialiste du “Body Hacking”. Oui, pourquoi ?


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Bonjour, je suis Marc Roux, président de l’Association Française Transhumaniste : Technoprog ! et je me propose de vous expliquer un mot rapide sur quel peut être le transhumanisme, sur l’association Technoprog ! et sur l’importance qu’occupent les sciences du numérique dans la réflexion transhumaniste.

Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Le transhumanisme est un mouvement de pensée philosophique, proposant une vision matérialiste de la planète entière. Il considère que :

L’humain est en constante évolution et non une entité stable.

La convergence NBIC – Nano et Bio technologies, sciences Cognitives mais également de l’Information – offre depuis quelques décennies la possibilité à l’humain d’accélérer et de mieux contrôler sa propre évolution.

L’humain souhaite accroître son espérance de vie salutaire, à développer ses facultés cognitives et sensorimotrices, mais aussi à se rendre plus apte à jouir de sa liberté et du bonheur au sein d’une vie sociale plus harmonieuse.

L’Association Française Transhumaniste : Technoprog !

Aujourd’hui, il est nécessaire que la société civile se saisisse de cette question du Transhumanisme. Alors que, depuis plus dix, les décisions ont été prises dans les couloirs ministériels, les conseils d’administration de grandes entreprises ou les laboratoires de recherche, c’est auprès un large débat démocratique qui devrait permettre de dégager les orientations que nous souhaitons donner à notre évolution, en tant qu’individus et en tant qu’espèce.

Technoprog ! cherche à promouvoir les sciences et les méthodes qui pourraient permettre une amélioration de la condition biologique de l’humain mais elle cherche d’abord à informer sur l’urgence de la question transhumaniste et donc elle participe à l’organisation du débat national. Simplement, elle tend à montrer comment une évolution de type transhumaniste pourrait être bénéfique pour l’ensemble de nos sociétés. Elle insiste enfin pour faire prévaloir l’idée que, face aux avancées déjà très rapides de ces technologies, il nous faut être particulièrement attentifs au respect des équilibres au reste dans les domaines de la santé publique, de l’environnement que de la justice sociale. Elle se distingue du transhumanisme d’origine anglo-saxon et d’inspiration néolibérale en promouvant un techno-progressisme privilégiant l’humain.

C’est parce qu’il est question de l’humain que si les espoirs sont immenses, les responsabilités sont également immenses.

La place du numérique dans la réflexion transhumaniste

Il doit être dit ici tout particulièrement combien les sciences de l’information et les technologies numériques ont joué et jouent un rôle déterminant dans la pensée transhumaniste.

Si les transhumanistes estiment que nous avons été maintenant en mesure d’intervenir dans la définition biologique de l’humain, c’est grâce aux progrès gigantesques qui ont été réalisés ces dernières décennies d’abord dans ces domaines scientifiques et techniques.

Ce sont d’abord les avancées de l’informatique qui ont démultiplié les moyens et les capacités de matériels non seulement comme les ordinateurs mais encore les microscopes électroniques, puis les microscopes à effet tunnel qui permettent aujourd’hui de manipuler la matière à l’échelle de l’atome donnant naissance à ce domaine crucial de la convergence technologique que sont les nanotechnologies. Ce sont les mêmes progrès des sciences numériques qui ont permis le déchiffrage du code génétique et qui font aujourd’hui que le coût du séquençage complet de l’ADN est sur le point de s’effondrer. Ce sont bien entendu les mêmes progrès qui sont à la base de tout le développement de l’internet mais aussi de tout un secteur qui a déjà commencé à bouleverser nos sociétés et je pense ici à le progrès de la robotique et des systèmes automatiques généralement. Enfin, pour terminer ce rapide tour des domaines de la convergence NBIC, après les nanos, les bios et les infos-sciences, il nous reste les cogno-sciences, c’est-à-dire les sciences du cerveau, cet organe dont on dit qu’il est la majorité complexe de tous les objets que nous connaissons dans l’univers.

Or aujourd’hui, ce sont les sciences numériques qui permettent que les grandes puissances de la recherche scientifiques, Europe, Etats-Unis, Chine, Japon, se lancent dans des programmes de simulation qui visent à reproduire l’intégralité du fonctionnement neuronal. C’est le projet BRAIN aux etats-unis d’amérique ou le Human Brain Project en Europe. A terme, si notre compréhension du fonctionnement de l’intellect humain devenait suffisant, certains vont jusqu’à penser que nous pourrions parvenir à faire émerger d’une Intelligence Artificielle une véritable conscience. Ce n’est plus de la science-fiction. Il s’agit d’une véritable hypothèse scientifique.

Les sciences de l’information occupent donc une place privilégiée dans la réflexion transhumaniste et elles ne devraient cesser de si tôt de l’occuper. En effet, nous avons le pouvoir de considérer que nous assistons à une « algorithmisation » croissante de nos sociétés. Que ce soit pour gérer la bourse, l’internet, nos futurs robots domestiques, la prévention de notre santé ou la « cyborgisation » progressive de l’humain, nous aurons besoin de lignes de programme à tout moment plus perfectionnées.

Ceci a une conséquence sur laquelle les transhumanistes ne sont pas les seuls à insister. Nous devons impérativement mettre l’accent sur l’enseignement des sciences et tout particulièrement des sciences du numériques de façon que les citoyens de cette société humaine en devenir puisse en comprendre les ressorts et en maîtriser suffisamment les arcanes. Cela nous paraît essentiel pour que notre condition d’humains en mutation puisse continuer à être la condition d’humains libres et égaux en dignité et en droit.