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En 2029, les ordinateurs seront capables de flirter, plaisanter et apprendre de leurs expériences, prédit un ingénieur de chez Google. Les ordinateurs seront plus intelligents que les humains en 2029, selon Ray Kurzweil, ingénieur chez Google et théoricien du transhumanisme et de la singularité technologique.

L’homme n’en est pas à sa première prédiction : en 1990, il prévoyait qu’un ordinateur battrait un humain au échecs en 1998. Cela a finalement eu lieu en 1996. Kurzweil avait aussi prédit l’essor d’Internet.

Ray Kurzweil prédit à singularité technologique d'ici 2029

Ray Kurzweil prédit à singularité technologique d’ici 2029

Dans une interview à The Observer, il explique que dans 15 ans, les ordinateurs sauront faire des blagues, raconter des histoires et flirter. L’homme de 66 ans, considéré comme un visionnaire en matière d’intelligence artificielle, a été embauché par Google fin 2012 pour développer “un moteur de recherche qui connait l’humain mieux que l’humain se connait”. Il travaille aujourd’hui sur un projet qui doit permettre aux ordinateurs de comprendre complètement le langage humain et d’être auto-apprenants. “Mes recherches visent à comprendre ce qu’est réellement le langage”, explique-t-il. “Quand vous écrivez un article, vous ne faites pas qu’assembler des mots. Vous avez quelque chose à dire (…). Le message de votre article est l’information qu’il contient, et les ordinateurs ne le repèrent pas.”

“Nous voulons que [les ordinateurs] lisent tout ce qui est sur Internet, puis chaque page de chaque livre, et qu’ils soient ensuite capables d’engager une conversation intelligente avec l’utilisateur pour pouvoir répondre à ses questions”, explique-t-il.

La singularité technologique, que Ray Kurzweil prévoit pour 2029, est un concept, selon lequel la civilisation humaine connaîtra une croissance technologique d’un ordre supérieur. Au-delà de ce point, le progrès ne serait plus l’œuvre que d’intelligences artificielles, elles-mêmes en constante progression. “Aujourd’hui, je suis plutôt en phase avec ce que pensent les experts de l’intelligence artificielle”, assure-t-il. “Le public a vu des choses comme Siri (l’assistant vocal de l’iPhone), où on parle à un ordinateur. Ils ont vu les Google cars, qui se conduisent toutes seules. Ma vision des choses n’est plus radicale de nos jours”, observe-t-il.


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Pour le philosophe des sciences Jean-Michel Besnier, le succès de la série « Real Humans », qui vient de s’achever sur Arte, révèle l’importance des inquiétudes liées aux défis métaphysiques, éthiques et sociaux, posés par le développement des sciences.

SUCCÈS DU TRANSHUMANISME

« Du point de vue informatif, Real Humans ne présente rien de bouleversant : la série rassemble l’ensemble des interrogations suscitées par la robotique. Peu de nouveautés. Par exemple, le robot qui mesure, comme les “hubots”, sa baisse de courant et qui se rebranche automatiquement date de… 1950 (ce sont les tortues cybernétiques de William Grey Walter). En revanche, la réaction du grand public à l’égard de la série, sa réception, sont instructives.
« Une série symptôme, qu’il faut comprendre dans le contexte plus large du transhumanisme »
eal Humans est une série-symptôme, qu’il faut comprendre dans le contexte plus large du post- et du transhumanisme. Ces thèmes se sont largement banalisés : il y a peu, ils étaient réservés au lexique de la science-fiction ou aux milieux très informés. Lors de la publication de Demain les posthumains, en 2009, j’ai été surpris d’être invité à faire une intervention à l’Assemblée, puis à la Direction générale de l’armement, pour parler de l’éthique des robots, non seulement concernant les drones mais aussi à propos d’une initiative de la Corée du Sud, qui entendait s’inspirer des lois de la robotique conçues par Isaac Asimov, en 1942, pour établir une charte éthique encadrant les robots qu’elle emploie dans les écoles, les prisons et auprès des personnes âgées.
Real Humans marque un point d’acmé : la société réalise que la robotique de service qui déferlera d’ici quelques années posera des questions inédites, d’ordre social, métaphysique, éthique, épistémologique… »

DES EXPÉRIENCES DE PENSÉE

« Plus qu’un essai d’anticipation ou qu’une série futurologique, Real Humans est une expérience de pensée : rien, dans le mobilier ou l’architecture, n’est trop sophistiqué ; l’enjeu est plutôt de nous imaginer entourés de robots devenus partenaires de la vie socio-professionnelle. Dès lors, qu’adviendra-t-il ?
« Des robots déjà capables d’être dans la simulation ! »
Des expériences permettent de projeter des hypothèses. Au Japon, le professeur Hiroshi Ishiguro constitue des androïdes époustouflants. Il a notamment réalisé son clone, saisissant de ressemblance. Sur ce modèle sont imaginées des hôtesses androïdes qui assurent l’accueil dans les salons, jouant même parfois les idiotes, dictant d’un ton monocorde et saccadé : “je-ne-suis-qu’un-ro-bot…”, avant d’enchaîner, avec fluidité : “Je plaisante. Je parle correctement”. En d’autres termes, ces robots sont déjà capables d’être dans la simulation la plus complète !
La vraisemblance est d’ailleurs telle que des chercheurs se penchent sur le seuil de ressemblance acceptable pour des acheteurs. Des expériences mesurent, par exemple, le temps qu’un client met à découvrir qu’il est confronté à un androïde et non à un humain ; si le temps de réaction est trop long, la ressemblance est trop importante et la confusion devient inquiétante. D’autres travaux de psychologie cognitive, très liés au champ de la robotique, sont destinées à mesurer l’empathie suscitée par les robots, tandis que la robotique des émotions s’attache à créer des machines qui sachent reconnaître les émotions et interagir avec l’usager. La leçon à tirer de ces expériences est : les robots doivent susciter l’empathie et être ressemblants, mais pas trop. »

AVENIR ET FUTUROLOGIE

« La Corée du Sud a décidé d’équiper 8 000 écoles maternelles de robots. Ce ne sont pas des androïdes. Ils n’ont qu’une vague ressemblance avec les bonhommes têtards que peuvent dessiner les enfants : deux yeux, une bouche, un nez et des oreilles. Ils ont pour mission d’enseigner, les langues notamment, mais ne doivent pas officiellement remplacer les institutrices, bien qu’ils aient pour eux des avantages considérables : ils n’ont pas de sautes d’humeur, ne se blessent pas, ne sont susceptibles d’aucun absentéisme.
« Nano-technologies, biotechnologies, intelligence artificielle et sciences cognitives »
Mais des hypothèses futurologiques vont encore bien plus avant. Les laboratoires technoscientifiques fondent désormais leurs travaux sur le champ scientifique de la NBIC, à savoir la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives. L’Union européenne a ainsi débloqué un milliard d’euros pour le Human Brain Project, une recherche menée à Lausanne qui cherche à simuler un cerveau humain. »

UN CHOIX PHILOSOPHIQUE

« La série suédoise ne s’intéresse pas aux recherches les plus en pointe. Elle préfère un choix purement philosophique, relativement austère, déployant une ambition quasi moralisatrice : elle s’inquiète de la conception du monde que l’on instaure. Le monde des robots est un miroir pour les humains. Voilà ce intéresse et inquiète : la constitution d’un monde lisse de robots sans intériorité, plus faciles et plus compétitifs que les humains, est-il souhaitable ? Un monde où les robots deviendraient des modèles, occultant toutes les dimensions de cette humanité capable du meilleur comme du pire. Pourquoi est-ce inquiétant ? Imaginons un enfant coréen confié à une nounou-robot. À l’école, il est éduqué par des robots. Il passe ainsi les six premières années de sa vie. Quelle représentation du monde adulte, avec ses noirceurs et ses mensonges, pourra-t-il se forger ensuite ? Quelle entrée dans l’existence fera-t-il ?
« Entre le mythe du bon robot et la crainte d’une dérive technologique »
Real Humans oscille entre le mythe du bon robot, sur le modèle du bon sauvage de Rousseau, et la crainte d’une dérive technologique vers le robot pervers. D’un côté, le bon robot compagnon, toujours gai, sans arrière pensée, incapable de mentir, incarnant l’idéal d’une société sans malfaisance. De l’autre, le robot devenu pervers et méchant, qu’il faudra détruire. À cause de qui ? D’une femme qui, dans la série, commande la transformation de son robot étalon en une bête sexuelle… La dénaturation du bon robot débute : “l’amour de soi” du robot produit “l’amour propre”, entraînant dès lors la compétition avec les humains. »

LE PROPRE DE L’HOMME

« Real Humans reprend une interrogation commune à beaucoup de films, de Blade Runner à Matrix : les robots peuvent-ils éprouver des émotions ? Sur ce point, la série tranche : oui, ils en éprouvent. En retour, se pose la question de la définition, chez l’homme, de la conscience et des émotions ? Les philosophes, de Descartes à Darwin, définissent l’émotion en terme de signes : des rictus, des mouvements de visage, des trébuchement de la voix. Or, de là, il est tout à fait concevable d’induire d’une simulation du robot la réalité de son émotion…
« Dois-je donner de l’intériorité à mon robot ? »
Des scientifiques se posent même ce cas de conscience : dois-je donner de l’intériorité à mon robot ? Autrement dit : faut-il développer ce qu’on appelle des “heuristiques réflexives”, à savoir des dispositifs rendant les robots capables de rétroagir sur eux-mêmes, d’êtres “à propos”, si bien que, confrontés à un problème, ils développent une délibération qui les conduise à franchir l’obstacle ? Avec la “vie artificielle”, c’est désormais possible. »

LA VIE ARTIFICIELLE

« La recherche scientifique travaillait autrefois sur l’intelligence artificielle ; celle-ci a aujourd’hui laissé place à la “vie artificielle”. Quelle nuance ? L’intelligence artificielle se rapportait à un dispositif de résolution de problèmes : dans une base de données repertoriant une grande quantité de situations, le robot puiserait pour résoudre de nouveaux problèmes. Mais cela ne fonctionne pas. Une autre voie a été adoptée : attribuer aux robots un comportement sensori-moteur élémentaire – avancer, reculer, sauter – mais qui, complété par des processus heuristiques (des formes d’opérations mentales), leur permettent de complexifier, exactement comme l’enfant chez Jean Piaget.
Dans la psychologie génétique de Piaget, l’enfant commence par classer les objets du plus grand au plus petit, puis, par “abstraction réfléchissante”, il forge la notion de nombre, la dimension ordinale et cardinale d’un nombre, etc. Il parvient progressivement au concept. Le coup de génie des roboticiens a été de penser des robots intelligents sur ce modèle. Les machines envoyées sur Mars, par exemple, confrontées à des environnements dont nous ignorons tout, n’ont pas pu être programmées en fonction des circonstances. Elles ont donc été dotées de cette aptitude à complexifier leur comportement au gré de leurs découvertes. »

LA SINGULARITÉ TECHNOLOGIQUE

« Les mouvements transhumanistes postulent que la nature humaine n’est ni invariante ni immuable, qu’elle doit pouvoir être transformée. En France nous n’avons que des “hyper humanistes”, loin des spéculations prévoyant l’apparition d’une espèce nouvelle, à l’image de Léo dans Real Humans. Ce héros incarne le prototype d’un être tout à la fois cyborg, homme augmenté, transhumain, qui, hybridé avec des robots, produit une espèce nouvelle. Ce thème a été développé sous le nom de “singularité technologique” par Raymond Kurzweil aux États-Unis. La singularité technologique repose sur une idée : la civilisation humaine connaîtra une croissance technologique telle que le progrès ne sera plus l’œuvre que d’intelligences artificielles en constante progression, sources d’évolutions tout à fait… imprévisibles. »


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La singularité technologique est un concept qui voit dans certaines avancées scientifiques la prévision d’une croissance explosive de la connaissance humaine.

Ses aspects révolutionnaires ne se trouvent pas tant au niveau épistémologique que dans les conséquences politiques et sociales d’un tel essor du savoir.

Cet article est le premier volet de trois articles qui tentent de cerner le concept de singularité technologique et ses possibles impacts sur notre société.

La singularité technologique : en route vers le transhumain

L’humain est mort, vive le transhumain ! Des mots qui claquent et rayent nos consciences forgées par des siècles d’une lente et douloureuse dialectique qui n’a eu de cesse de faire et défaire l’humain. Et voilà que quelques extravagants viennent bousculer une construction séculaire ! Les esprits politisés de nos vieux pays tentent cahin-caha d’ignorer ces visions annonciatrices de chaos, et continuent de penser la polis munis de poussiéreuses idées – antiques concepts qui nous ont certes menés à un précaire équilibre social. Pourtant, ces énergumènes terrés devant leurs ordinateurs, que l’on qualifie avec dédain de techno-béats, cyberutopistes, geeks apolitiques, qui ne nourrissent leurs rêves que d’une science-fiction doucereuse, pensent le monde et construisent l’avenir.
Quelle est alors cette menace contre l’humain qui grandit dans la pensée scientifique ? Quelle est cette singularité qui prédit la fin d’un monde ? La singularité n’est point une menace mais une révolution qui fait de la croissance explosive de la connaissance la voie vers le dépassement de l’humain. Une nouvelle ère se dresse devant nous, et la science modèlera l’avenir. Alors risquons-nous à la technomancie !

Singulière singularité

Cet étrange terme singularité correspond à l’avènement d’une courbe exponentielle de l’évolution de la connaissance. La civilisation humaine connaîtra grâce à une découverte scientifique une croissance telle que tous les fondements de notre société ne pourront plus être pensés avec leurs valeurs actuelles. Nombreux sont ceux qui estiment que la singularité technologique sera l’intelligence artificielle. Ce concept trouve ses sources dans la pensée cybernétique du début du XXe siècle, et se trouve être attribué au mathématicien John von Neumann. Il estima dans les années 1950 que l’accélération du progrès humain entraînerait une singularité dans l’histoire humaine.
La singularité technologique fait référence à la singularité gravitationnelle, zone de l’espace-temps où les quantités permettant de calculer le champ gravitationnel deviennent infinies et les connaissances scientifiques actuelles ne peuvent plus s’appliquer. La singularité technologique annoncerait un évènement à nul autre pareil dont l’historicité fausserait toutes les analyses des sciences humaines et sociales. Ce « trou noir » de l’histoire a été popularisé par Vernor Vinge, notamment dans un article de 1993 qui fut largement diffusé, The Coming Technological Singularity : How to Survive in the Post-Human Era. Il voit le début de cette ère dans l’apparition d’une intelligence surhumaine ; elle peut se manifester tantôt dans le développement d’ordinateurs intelligents, notamment à travers une architecture en réseau, tantôt dans l’accroissement de l’intelligence humaine par les avancées de la biologie.

C’est pour quand ?

Les prévisions varient entre 2020 et 2050. Ray Kurzweil, informaticien, futurologue et transhumaniste, estime dans son livre The singularity is near que la singularité apparaîtrait en 2045, tandis que Vernor Vinge prédit, dans son article précédemment cité, une date aux alentours de 2030. Face à une courbe exponentielle de la croissance du savoir, toute la question serait de trouver le nombre e de la fonction exponentielle de l’évolution humaine.

A cette fin, la loi de Moore est intéressante. Gordon E. Moore, chimiste et cofondateur de la société Intel, a expliqué de manière empirique que le nombre de transistors sur les microprocesseurs double tous les deux ans environ. Cela entraîne une croissance exponentielle de la capacité de calcul des ordinateurs. Ray Kurzweil estime néanmoins une possible stagnation de cette loi avec l’atteinte des limites des microprocesseurs actuels en 2019. Elles seraient toutefois rapidement dépassées par de nouvelles technologies comme l’ordinateur quantique, qui catalysera sans aucun doute la recherche informatique. Il envisage la généralisation de la loi de Moore dans sa théorie the law of accelerating returns à d’autres domaines scientifiques liés à cette capacité de calcul. Cette croissance exponentielle continuerait jusqu’à atteindre la singularité, soit une intelligence surhumaine pour Kurzweil. Il estime que le progrès qui aura lieu au cours du XXIe siècle correspondra à l’équivalent de 20 000 ans d’évolution humaine. L’ingénieur Robert Zubrin juge que la singularité technologique nous conduirait à une civilisation de Type I sur l’échelle de Kardashev, qui mesure l’évolution des civilisations sur une base technologique en fonction de la quantité d’énergie pouvant être utilisée. Nikolaï Kardashev estimait qu’une civilisation de Type I aurait le pouvoir d’utiliser l’équivalent de toute l’énergie disponible sur sa planète, de toute son étoile pour le Type II et de toute sa galaxie pour le Type III. Selon Guillermo A. Lemarchand, l’énergie en question pour une civilisation de Type I correspond à une valeur entre 1016 et 1017 watts.

Une telle idée d’accélération du progrès alarme l’esprit qui tente de la cerner, mais de quelle façon notre société envisagera sa propre croissance technologique ? A suivre…