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Au-delà du moteur de recherche bien connu des internautes, Google n’est pas seulement un outil permettant de dénicher facilement une information, mais c’est aussi un instrument que les animateurs de Google utilisent pour nous proposer un autre monde.

C’est en effet ce qu’a pu découvrir le public réuni dans l’amphithéâtre Emile Boutmy de Sciences Po, à Paris, le 4 octobre 2014 à 10h, forum qui a été diffusé sur l’antenne de France Culture, le 6 octobre, à 18h20.
Echange passionnant auquel participait Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo, Dominique Bouillier, rédacteur en chef de la revue « cosmopolitique », le sociologue et chercheur Dominique Cardon, auteur de « la démocratie » (éditeur la république des idées) sous la houlette d’Hervé Gardette, l’animateur de l’émission « du grain à moudre », en présence d’un public attentif.
Il s’agit de découvrir à quoi ressemblerait peut-être le monde de demain.
Nous serions réveillés par l’odeur du café, et non pas par le bruit strident d’un réveil…par un simple mouvement du poignet, nous pourrions décider de la température de notre appartement, de son hygrométrie, de la puissance de l’éclairage, et bien sur de la musique que nous voulons entendre….
Cette apparente fiction est déjà à l’étude un peu partout, telle cette plate forme d’expérimentation Multicom à Grenoble.
Mais ce n’est pas tout, si vous vous blessez dans votre cuisine, en heurtant un coin de porte, une puce intégrée à votre portable permettrait de scanner le membre touché, d’en évaluer les éventuels dégâts, et de proposer un diagnostic…
Votre portable pourrait vous rappeler l’anniversaire d’une cousine lointaine…et pour choisir le cadeau, vous pourriez consulter rapidement des données cumulées et anonymes collectées sur une personne du même âge, ayant les mêmes goûts, et tout ça en grande partie grâce (ou à cause) de Google.

Ray Kurzweil, le "pape" du transhumanisme, qui vient d'être nommé ingénieur en chef du moteur de recherche.

Ray Kurzweil, le “pape” du transhumanisme, qui vient d’ĂŞtre nommĂ© ingĂ©nieur en chef du moteur de recherche.

C’est ce que l’on découvre dans un livre récent du à 2 dirigeants de cette entreprise, Eric Schmidtet Jared Cohen, « the new digital age », traduit en français sous le titre : « à nous d’écrire l’avenir ». (Édition Denoël- novembre 2013).
Au-delà de ce scénario de fiction, dans lequel le fameux moteur de recherche a pris une part active, les participants du forum ont tenté de définir les enjeux en question.
Tout d’abord, ils pointent du doigt le fait que Google est une entreprise qui maîtrise toutes les technologies importantes du 21ème siècle, les technologies NBIC, (Nanotechnologie,Biotechnologie, Informatique, Cognitique)
Avec sa filiale Calico, crée en septembre 2013, dont la finalité est de faire reculer la mort, voire de l’euthanasier, de faire le plein de Start Up dans le domaine du Big Data (génétique, utilisation des données pour lutter contre le cancer…) Google est en train de coloniser toutes les NBIC, ce qui fait de lui l’entreprise la plus puissante au monde, la plus intelligente, avec le meilleur management au monde qui soit, ce qui fait de lui la meilleure entreprise au monde, s’il faut en croire Laurent Alexandre : « ce qui les fait bander, ce n’est pas le business, c’est le changement de l’humanité, c’est un projet révolutionnaire (…) et c’est pour ça que nous allons voir le concept « gauche-droite » disparaître au profit d’un nouveau clivage entre les transhumanistes et les bio-conservateurs, entre ceux qui veulent changer le monde par la technologie, et ceux qui vont préférer que l’on freine un peu ».

En fait, Google est depuis le départ un projet politique, par l’innovation technologique qui va permettre de changer la société, les rapports sociaux, la politique…continue Dominique Cardon.
Dominique Bouillier lui emboite le pas, déclarant : « Google essaye de bousculer le monde ancien parce qu’ils ont vraiment compris que le cœur de l’affaire, ce sont les données, au sens large, pas les données personnelles (…) ils ont la capacité de tester les innovations dans tous les domaines, de les abandonner quand ça ne marche pas » et conclut : « il y a une forme d’objectivité algorithmique dans l’organisation des connaissances ».
Eric Schmidt, dans un livre récent destiné à évoquer le management façon Google, raconte sa vision des acteurs idéaux de l’entreprise : d’un coté « les chevaliers », et de l’autre « les valets ». Les premiers ce sont des intelligences créatives, des génies, des divas, des rock stars… à qui il faut donner toute la liberté possible, et la seule tache de l’entreprise, c’est de les recruter dans tous les domaines…et puis il y a « les valets », qui sont des médiocres, jaloux de la réussite des autres, et il faut les écarter. Il s’agit donc d’une société qui voue un culte à l’excellence.

Mais que deviendront alors les « valets » ?
Comme le constate Laurent Alexandre, Google a mis la main sur 1/3 des « bons » qui se sont spécialisés dans l’intelligence artificielle…il s’agit d’un projet neuro-révolutionnaire, et il cite Ray Kurzweil, recruté par Google en 2012, expliquant que « dès 2035 nous aurons des implants intra-cérébraux pour nous connecter à Internet plus vite, ce qui permettra à Google de répondre à nos questions avant que nous les ayons posées », précisant « Google nous connaitra mieux que notre partenaire sexuel, peut-être mieux que nous nous connaissons nous même » concluant « nous sommes bien dans une fascination pour l’intelligence, une volonté de développer l’intelligence artificielle, de l’interfacer avec le cerveau humain, afin d’augmenter les capacités de celui-ci ».
D’ailleurs, des scientifiques sont d’ores et déjà convaincus que la puce sous-cutanée sera bientôt obligatoire pour tout le monde.
Le projet de Google est donc de changer le monde pour qu’il soit meilleur, par le biais de la technologie, en changeant l’humain pour le rendre plus performant.
En tout cas ce projet est voulu transhumaniste et il a 3 axes : d’abord euthanasier la mort, puis, développer l’intelligence artificielle, et enfin interfacer cette intelligence artificielle avec notre cerveau biologique : il s’agit donc d’un vrai projet politique parfaitement pensé dont nos élus devront tenir compte, s’ils ne veulent pas se ringardiser, voire être « largués », ce qui est déjà largement le cas pour nombreux d’entre eux.
Ce projet devrait permettre, grâce aux données accumulées, de revoir totalement l’organisation de la société humaine, et c’est pour cette raison qu’ils s’intéressent aux « maps », à la voiture intelligente, mais aussi à tous les réseaux et services que nous utilisons chaque jour.
Comme le martèle Laurent Alexandre, « nos élites politiques sont totalement inadaptées, (…) l’Etat est incompétent et connaît mal la technologie développée par ces nouveaux géants qui concentrent les meilleurs cerveaux du monde et il va bien falloir changer d’élites politiques au moment où nous changeons de monde (…) vous savez bien que ni Sarközi, ni François Hollande, n’ont d’ordinateurs, nos élites sont des handicapés du mulot, des bras cassés en informatique, et il leur est très difficile de comprendre le monde technologique dans lequel nous rentrons (…) c’est pour ça que si nous voulons réguler les nouvelles puissances trans-humanistes des technologies NBIC, il est absolument urgent d’avoir des élites qui comprennent ces technologies,…des gens plus intelligents à la tête des états européens ».
De quoi s’interroger aujourd’hui sur l’avenir de ces politiques, puisqu’ils semblent avoir d’énormes difficultés à comprendre ce monde qui arrive, voire qui est déjà là, en train de se mettre en place sous nos yeux.
On le sait, en France et ailleurs, nos élites sont coupées des réalités de la rue, ne s’occupant que de « replâtrages » inefficaces, au lieu de participer à la construction d’un projet humaniste, à défaut d’être transhumaniste.
Ils n’avaient pas vu venir la crise financière…on se souvient que Sarközi (en 2012) et Lagarde, en août 2007 prétendaient qu’elle était derrière nous, alors qu’elle ne faisait que commencer.
Ils n’ont pas vu venir la logique délocalisation des emplois et des richesses, alors qu’ils étaient les acteurs consentants de cette mondialisation.
Ils s’illusionnent encore d’une reprise de la croissance et d’une fin du chômage, alors que la tendance prouve bien que tout ça va perdurer longtemps.
Ils sont incapables de prendre le vrai tournant de la transition énergétique, s’arque boutant pour défendre un nucléaire cher et moribond.
Ils restent les otages de la finance mondiale.
Ils n’ont pas pris conscience du gouffre qui s’est crée entre les populations marginalisées des banlieues de nos grandes villes, et leurs pseudos élites, provocant par ce clivage, d’une part le rejet d’une jeunesse désillusionnée, le retour des extrémismes racistes et conservateurs, et d’autre part un dégoût de ce monde politique de nantis qui n’ont d’autres buts que de gagner un fauteuil, et de le conserver le plus longtemps possible, sous le fallacieux prétexte d’une illusoire démocratie.