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Sommes nous tous destinés à être transhumains ?

Google glass, lentilles Google, objets connectés, mains bioniques et exosquelettes, la liste des objets techniques permettant d’améliorer l’humain, ne cesse de s’allonger. La convergence des nano-technologies, des biotechnologies, des sciences cognitives et de l’intelligence artificielle semblent donner raison aux prophéties transhumanistes sans que l’opinion publique ne s’en inquiète outre-mesure.

Révélé au début de la semaine dernière par le site spécialisé Patent Bolt, le dépôt de brevet de la société Mountain View pour des lentilles à caméras intégrées, laisse présager que les Google Glass sauront à l’avenir se faire plus discrètes. Figures de proue des innovations au service de l’Humain, Google Glass et lentilles connectées, renvoient clairement aux théories transhumanistes.

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prĂ´nant l'usage des sciences et des techniques

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prĂ´nant l’usage des sciences et des techniques

Google et l’Homme connecté

En janvier dernier, Google avait déjà annoncé un projet de lentilles de contact intelligentes permettant aux diabétiques de mesurer leur taux de glucose grâce aux larmes. Aujourd’hui, les spéculations vont bon train sur les usages possibles de ces lentilles.

Techniquement, chacune des lentilles sera dotée d’une caméra, n’affectant pas le confort du porteur. Elles seraient par ailleurs capables de prendre des photos, de stocker et d’envoyer des données à un terminal installé à distance au moyen d’un réseau sans fil. En un clignement d’œil, l’utilisateur pourra contrôler cette lentille. Première cible envisagée pour ces lentilles du futur : les malvoyants, les caméras permettant de filmer l’environnement et de retranscrire ces informations visuelles en signaux sonores.

Les développements récents de Google donnent donc raison à Eric Sabin, auteur de L’Humanité Augmentée qui déclarait dans Libération qu’après les Google Glass : « l’implémentation de lentilles au contact des rétines nous érige[raient] comme des cyborgs enveloppés de données ajustées à chacune de nos situations ». Un homme connecté, et augmenté, le phénomène n’est donc plus uniquement du ressort de la science fiction et se concrétise véritablement dans notre société, questionnant la perfectibilité humaine.

Iron Man est déjà parmi nous

« Nous construisons un iron man », cette déclaration de Barack Obama faite à l’occasion d’un discours le 25 février dernier, a provoqué l’hilarité de l’assistance. Pourtant, sous son apparence de blague l’information a été vérifiée par Gizmodo. Selon le site : un prototype sera lancé au mois de juin. Baptisée TALOS, pour : «Tactical Assault Light Operator Suit» soit en Français « armure légère d’assaut tactique », l’armure ignifugée permettrait de se protéger des balles et des chocs et embarquerait avec elle de nombreux capteurs. Reste qu’elle ne volera pas, et ne contiendra pas de missiles, au grand damne des fans du héros de Marvel. Ce dispositif totalement innovant appliqué au domaine militaire trouve des échos dans la médecine.

L’homme augmenté est une réalité, qu’il s’agisse des exploits de l’athlète handicapé Oscar Pistorius capable d’affronter des valides grâce à ses lames, ou de greffes de mains bioniques dignes de celle d’Anakin Skywalker dans Star Wars. Parmi les exemples les plus impressionnants citons : BeBionic3, la main bionique du fabricant britannique de prothèses RSL Steeper. Pesant 550 grammes, composée d’aluminium et fibre carbone ; la main bionique est connectée par deux électrodes branchés au biceps et triceps du patient. Ainsi, le mouvement des muscles déclenche un courant électrique qui commande la main. L’ensemble des mouvements possibles (au nombre de 14, parmi lesquels : pointer l’index, agripper avec le doigt, agripper avec toute la main, articuler l’index, pincer, tendre la main, main au repos) sont préprogrammables grâce à un logiciel dédié.

Autre exemple de prouesse technique consacrée à l’amélioration de l’humain : l’exosquelette de RB3D. Son intérêt ? Permettre à l’Homme de porter des charges très lourdes sans efforts pour le porteur, de quoi mobiliser les entreprises mais également l’armée. En effet, un tel dispositif permettrait au soldat de mieux supporter leur équipement traditionnel, ou très lourd dans le cas de démineurs qui portent jusqu’à 80 kg de matériel.

Les prophéties transhumanistes

L’ensemble de ces exemples renvoient directement au courant de pensée transhumaniste, et sa concrétisation. Mêlant « technoprophètes », chercheurs de renommée et patrons de grandes entreprises dans les hautes technologies, ce courant culturel prône l’application des techniques au corps humain, afin de transcender les limites de l’humain : vulnérabilités, handicap, maladie, vieillissement ou mort.

Si certains font remonter l’origine du transhumanisme à la Renaissance, où l’usage de la science pour améliorer le corps fait son apparition, puis au Siècle des Lumières grâce aux réflexions de Condorcet sur la quête d’une vie prolongée et de Rousseau sur la perfectibilité ; retenons que le mouvement prend son ampleur et se définit dans les années 1980. La convergence des nano-technologies et des biotechnologies font entrevoir la possibilité d’un Homme affranchit des ses limites corporelles.

Considéré comme un courant post-humaniste, le transhumanisme se distingue de la perfectibilité rousseauiste dans la mesure où il ne conçoit pas d’amélioration de l’individu dans et par la société, mais bel et bien dans une approche technoscientifique. Révélateurs de l’esprit transhumaniste, deux articles de la Déclaration de l’Association Transhumaniste mondiale, en date de 1999 :

1- Les transhumanistes prônent le droit moral, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leur propre vie. Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles.

2- Nous prônons une large liberté de choix quant aux possibilités d’améliorations individuelles. Celles-ci comprennent les techniques afin d’améliorer la mémoire, la concentration et l’énergie mentale ; les thérapies permettant d’augmenter la durée de vie, ou d’influencer la reproduction ; la cryoconservation, et beaucoup d’autres techniques de modification et d’augmentation de l’espèce humaine.

Pape du transhumanisme, Ray Kurzweil, futurologue, informaticien directeur de l’ingénierie chez Google, prédit que nous pourrons télécharger nos cerveaux sur des ordinateurs, dans le cyberespace ou des corps robotiques. Autre concept développé par le futurologue : celui de « singularité », moment où « les changements technologiques seront si rapide et si profonds que la vie humaine sera transformée de manière irréversible », mettant fin à l’humanité telle que nous la connaissons.

Libéré de tout déterminisme biologique, enfin maître et possesseur de sa propre nature jusqu’à son code génétique, l’être humain, s’acheminerait inévitablement vers un nouveau stade de son évolution.

« Contrôlez votre santé et votre bien être », le transhumanisme quotidien

Puisque la quête d’autonomie sociale et politique n’est plus l’ambition, l’individu biologique et sa capacité à s’adapter à la société, deviennent les principaux enjeux du transhumanisme. Cette idéologie tend à imprégner de plus en plus notre société, notamment parce qu’elle entre en écho avec des valeurs communément admises telles que le culte de la bonne santé, de la performance et du dépassement de soi. Selon Nicolas Le Dévédec, critique du transhumanisme, le projet politique moderne de perfectibilité investit désormais les domaines biomédicaux et technoscientifiques.

Ainsi, le même auteur évoque l’avènement d’un individu « sans cesse complexé dans ses capacités, dépendant aux innovations technoscientifiques, et consommateur de moyens d’optimiser sa condition », n’est-ce pas ce à quoi nous destine, la floraison d’objets connectés sensés monitorer rythme cardiaque, poids, pas et qualité du sommeil ?